A titres divers, nous devons tous l’être. Alors soyons-le! La mairie a rassemblé il y a quelques jours 300 personnes au Hall de Paris pour parler sécurité. Normal, la majorité UMP en avait fait un de ses principaux thèmes de campagne. Et chacun sait que Moissac s’inquiète de l’augmentation de la délinquance. Pour autant, la réponse que gendarmerie et mairie ont conjointement mis en place est-elle la bonne?
Certes, « vigilants ou référants », les citoyens impliqués, ils ont été nombreux à se porter volontaires, ont ainsi le sentiment de se sentir responsables, utiles à la communauté. Cette initiative, comme nous l’écrivions peut même créer du lien social, ou en donner l’illusion. Et pourtant, elle est inadaptée, voire dangereuse. Inadaptée en cela qu’elle ne règle rien et surtout pas la délinquance qui suppose, répétons le, la conjugaison de mesures de prévention et de répression, assorties de décisions administratives visant à responsabiliser les familles et en particulier les parents des adolescents. Dangereuse, parce qu’elle peut conduire, même si la loi dispose que le système doit être encadré, à la création de groupes de citoyens soudain nantis d’une mission… Dès lors, on n’est pas loin de la milice. Vigilant fait en effet écho, notamment dans le monde anglo-saxon aux auto-justiciers, à ces bandes qui entendaient dans le far-west faire régner l’ordre, le leur. Et pour ceux qui auraient besoin de quelques références supplémentaires, les vigilants prennent leur nom dans la Rome impériale, les « vigiles urbanis », chargés de donner l’alerte incendie, mais aussi de chasser les mendiants et de rattraper les esclaves en fuite.
Un citoyen, soit-il de bonne foi, n’est pas un policier, ni un gendarme. C’est à eux qu’il incombe de faire régner l’ordre, de donner la chasse aux trafics, de poursuivre les délinquants, de conduire les enquêtes nécessaires. C’est aux pouvoirs publics qu’il incombe de prendre les mesures nécessaires à la tranquillité des citoyens. En donnant aux forces de l’ordre des missions et objectifs clairs, en mettant sur le terrain les effectifs nécessaires, en organisant mieux les différents corps, en mettant en place aussi des dispositions à caractère social et administratif, sans lesquelles la lutte contre la délinquance nous renverra inéluctablement au mythe de Sisyphe.