Un Conseil sans grand intérêt

La réunion du Conseil communautaire a débuté comme à l’accoutumée. Un président qui  avale son propos, pressé d’en terminer avant d’avoir commencé, comme s’il avait peur de rater le dernier métro pour Lizac. Et un Front national qui ne manque pas une occasion de se manifester, faisant à tout bout de champ et à sa façon, la leçon de droit, vitupérant pour un oui pour un non, menaçant du tribunal administratif la moindre délibération… bref un élu en campagne et en transe, suite à un article du Point consacré au canton de Valence d’Agen, là où il se présente face à Jean Michel Baylet.

Mais tout cela n’est que pipi de chat au regard du fonctionnement de cette instance. Débats bâclés en une heure chrono. En fait, de débats, point! Juste des élus sommés de voter. De voter pour la forme, car la majorité communautaire est assurée à tout coup de la majorité. A la Communauté de communes, on ne débat donc pas, « on travaille ». C’est le mantra que récite en choeur l’exécutif communautaire, histoire d’endormir un peu plus une assemblée frileuse. Mais où travaille-t-on et comment?

L’ordre du jour de cette séance de février était une fois encore consacré à la gestion des affaires courantes: le montant des indemnités de déplacement des personnels, la correction de quelques bourdes pointées ici même dans la rédaction du règlement intérieur, l’autorisation de consentir des avances de subventions ici ou là… Et puis il y eut la question des emprunts. Bien anodine en apparence puisqu’il s’agissait de revoir la dénomination et le numéro SIRET de quelque trois emprunts contractés auprès de Dexia, le Crédit agricole et la Banque postale, le tout pour un montant de 3,5 millions d’Euros. Une paille! Des emprunts  assortis de taux d’intérêts bien au dessus de ceux  pratiqués aujourd’hui.

J’ai donc demandé, l’occasion est trop belle, qu’on renégocie ces fameux taux. Qu’on tente au moins de le faire. Et afin de bien démontrer la détermination du Conseil sur cette question, j’ai demandé qu’on inscrive cette démarche dans la délibération. C’est me semble-t-il faire cas des deniers publics, donc de l’argent du contribuable. La suggestion me paraissait, ainsi qu’à quelques collègues, de bon sens. Mais à croire que non! Le président refusa tout net de modifier la délibération, consentant seulement, après moult palabres et sur  intervention du maire de Moissac, à inscrire cette démarche au procès verbal de séance.

On peut dès lors s’étonner que la présidence et ses adjoints  n’aient pas pensé à demander une révision des taux d’intérêt, ce qui, compte tenu de la baisse du loyer de l’argent, est une possibilité offerte à tout un chacun. Ce dont ne se privent pas d’ailleurs les particuliers.

On peut aussi s’interroger sur le manque d’ouverture de l’exécutif, son obstination à ne rien changer aux textes proposés à l’approbation des élus. Est-ce ainsi que les Conseils travaillent? Est-ce ainsi qu’on fera décoller ces « Terres de confluences »?

Festival de la voix: Castel change de ton

On croyait Castelsarrazin  attachée à faire vivre la Communauté de communes. Certains imaginaient déjà, nous en étions, l’arrivée du « Festival Alors chante » comme événement fondateur de ce nouvel espace économique et culturel. Confirmée sur les ondes de France Inter, l’arrivée de ce festival a bientôt été démentie. Rideau!

Sollicitée par MCV (Moissac culture vibrations) pour accueillir le Festival de la Voix qui essaime dans les petites communes de la Com-com, Castel a fait part d’une fin de non recevoir, estimant dans un courrier officiel que sa participation dans cet événement culturel dépendait du nombre de spectacles présentés dans ses propres salles. Manifestement l’accord n’était pas possible, certainement pas souhaité par la mairie de Castel. Nous aurons donc, cette année encore, un Festival de la voix confiné à Moissac avec quelques petites incursions alentour. Point!

Comment faut-il donc interpréter cette attitude de la municipalité de Castel? Inimitiés personnelles, désaccord sur le contenu de la manifestation, attente d’une solution alternative avec Alors chante soudain réveillée telle une Belle au Bois dormant? Tout est possible. A l’évidence, il est plus facile de s’entendre sur le financement d’une caserne de pompiers (qui demeure rappelons le de la compétence du Département) que sur une manifestation culturelle qui n’attend qu’une chose: élargir son périmètre de diffusion et donner ainsi chair culturelle à ces « Terres de confluence »

Gillis aero veut prendre l’air

L’entreprise Gillis aéro, spécialisée à Moissac dans la sous-traitance aéronautique, traitement de surface, usinage de précision et fixations aéronautiques, qui emploie une cinquantaine de salariés dont une trentaine de Moissac, envisage de déménager vers Dieupentale où elle possède des locaux qui pourraient se libérer bientôt.

La mairie de Moissac assure qu’elle a tout fait pour retenir cette entreprise. En vain dit-elle! Fataliste, elle s’apprête à voir partir une des rares unités industrielles de la ville. Le départ de cette entreprise, assujétie à l’impôt local (contrairement aux coopératives fruitières) donnerait encore un mauvais coup aux finances de la ville, déjà mises à mal par la baisse des dotations de l’état.

Moissac: l’adjoint aux finances tire sa révérence.

C’est confirmé, ce sera officiel lundi quand le préfet aura reçu le courrier : Daniel Botta, adjoint aux finances, bras droit de Jean Michel Henryot, a démissionné de tous ses mandats, mairie de Moissac et communauté de communes. C’est l’aboutissement d’une crise qui couvait depuis déjà longtemps. L’adjoint indisposait nombre de ses colistiers, qui acceptaient mal disent-ils, ses « caprices », sa propension à mettre sa démission dans la balance, à vouloir être calife à la place du calife. Il aurait mal vécu, si l’on en croit certains élus de la majorité, le fait de ne pas être le candidat de sa famille politique aux départementales.

Tout cela est certainement vrai, Jean Michel Henryot qui a gagné de l’appétit, depuis qu’il est entré à la mairie,  lorgne maintenant sur un poste d’élu départemental, embarquant dans l’aventure la mairesse de Montesquieu, Annie Feau, comme suppléante et Maryse Baulu, adjointe à Moissac, comme co-équipière. Mais au fond, ce sont deux conceptions, deux approches de la gestion municipale qui s’affrontaient. Celle du maire, faux modeste de la politique, mais qui aux dires de nombre de Moissagais, apparait de plus en plus comme l’ombre du maire de Castel et celle de Daniel Botta, grand argentier,  jaloux de ses prérogatives et guère enclin à la fantaisie budgétaire.

En fait, la crise s’est dénouée dimanche dernier, au cours d’une réunion privée chez le maire qui habite la commune de Montesquieu. Réunion discrète avec les adjoints du premier cercle, sans Daniel Botta qui a séché le conclave. Mais ce dernier avait  déjà tiré ses conclusions et sa révérence :  la démission! Au final, cela ressemble à une purge, l’adjoint aux finances qui se revendique de l’UDI, étant devenu persona non grata au sein de l’équipe UMP, en tout cas au yeux  de certains.

Et maintenant qui pour le remplacer à ce poste stratégique? Ça gamberge sec, d’autant que les compétences en la matière ne sont pas légion dans l’équipe municipale. Il y aurait bien Michel Cassignol, membre du Modem. Mais l’avocat se dit fâché avec les chiffres et jure qu’il ne veut en aucune façon de cette charge. On parle maintenant de Christine Hemery, la très discrète élue à la cohésion sociale, qui travaille dans une banque. Bref le maire n’aura pas la tâche facile, avec des élu (e)s où aucune personnalité ne parait à ce jour capable de s’imposer dans ce compartiment du jeu.

Mais la crise n’est pas finie. Entre un élu qui semble avoir disparu des écrans radar, arguant d’obligations professionnelles, et un autre de plus en plus marginal au sein de l’équipe Henryot, c’est 9 mois après son élection, la première vraie et grosse difficulté de cette équipe municipale dont on mesure déjà toutes les fragilités.

 

Ma ville : « Vivre là dedans c’est coton »

« Donne-moi ta main, camarade.
J’ai cinq doigts, moi aussi.
On peut se croire égaux ». Claude Nougaro

Ma ville! Notre ville! Qu’en avons nous fait? Voilà que maintenant deux quartiers, le centre, jadis prospère, et le Sarlac, notre petite banlieue, sont éligibles à la Politique de la ville. Autant dire que le gouvernement y a vu des poches de pauvreté, des espaces où se délite le vivre ensemble. Eligibles, cela veut dire que Moissac pourra bénéficier de subventions nouvelles pour mettre en oeuvre des projets qu’il lui appartient d’élaborer et de défendre auprès des services de l’état. Des projets qui doivent concerner la jeunesse, promouvoir la cohésion sociale, améliorer le cadre de vie, développer l’économie…

Jeudi se tient à Moissac une grand-messe qu’affectionnent les acteurs institutionnels, politiques, associations, fonctionnaires du social, et au cours de laquelle, de grandes et belles phrases, aussi définitives que la neige de printemps, seront reprises en choeur. Le risque est grand qu’une fois de plus on s’en tienne au constat, au bilan satisfait d’acteurs dits de terrain. Pour ça Moissac a déjà donné.  Le Colloque sur la précarité, organisé en 2013 par l’équipe de Jean Paul Nunzi, a déjà fait le tour de la question. Le constat on le connait, il s’aggrave, à mesure que la crise morale et économique s’approfondit: chômage, fermetures des commerces de proximité, jeunes en déshérence, parfois en rupture de lien familial, ségrégation sociale, territoriale, petite délinquance, communautarisme, le discours religieux tenant  lieu de plus en plus d’idéologie!

Une grand messe donc, mais s’il faut en passer par là, pour intéresser les Moissagais au destin de leur ville, qu’il en soit donc fait ainsi. Car l’enjeu n’est pas mince. Au delà des aides attendues, c’est toute une vision de la ville qu’il faut reconstruire. Et pour cela, il faudra mobiliser la population, l’embarquer dans la construction des projets.  Il faudrait aussi une forte, mais c’est une autre affaire, une opiniâtre volonté politique, capable de nommer le non dit pour mieux passer aux actes… La réflexion ne part pas de rien, il faut juste à situation exceptionnelle, trouver des réponses appropriées, exceptionnelles, capables de bousculer le conformisme et les situations établies.

Moissac perd ses commerces?

Il faut déterminer les besoins (commerces de bouche…) lancer dans le cadre d’un schéma directeur, des appels à projets, monter des partenariats avec la CCI, créer un fond d’aide et d’intervention, prendre des mesures incitatives et réglementaires pour faire baisser les baux… bref intervenir dans le sacro saint espace libéral. Conséquence de cela: une ville plus belle, plus attractive, plus riche aussi.

Moissac manque d’emplois et d’entreprises?

Il faut penser global, au sein de la Com-Com bien sûr,  et agir local! Il faut attirer les jeunes sociétés, susciter les vocations, faire éclore les projets dans le cadre d’une pépinière d’entreprises, pour les installer sitôt sortie de l’oeuf sur les terrains communautaires organisés en clusters. C’est de la promesse d’emplois, du pouvoir d’achat injecté dans la ville et à terme de la richesse nouvelle. La municipalité en place imagine installer sa pépinière au sein de l’ancien tribunal. Cela lui permettrait de bénéficier des subventions de l’ANRU (l’agence nationale pour la rénovation urbaine)

Il faut aussi impliquer les entreprises du secteur dans un vaste programme de stages et d’emplois saisonniers, taillés sur mesure pour les jeunes en recherche. Ce plan pourrait donner lieu à des conventions entre la puissance publique et les entreprises, leur permettant de bénéficier d’aides ciblées, limitées dans le temps.

Moissac manque de logements?

Il faut recréer une OPAH (opération programmée d’amélioration de l’habitat). Celle en cours, lancée par Jean Paul Nunzi, se termine en 2017. Il faut aller plus loin et plus fort. En amplifier le succès, mais veiller aux effets d’aubaine. Faire en sorte  que les propriétaires ne se « refasse pas la cerise » aux frais de la collectivité.

Moissac désespère sa jeunesse?

Il faut dire qu’à Moissac (ce n’est pas propre à notre ville) il y a au moins deux jeunesses. Celle qui se débrouille et qui une fois le lycée terminé, va chercher ailleurs formations et emplois. Celle qui « tient le mur » et qui a bien du mal à trouver sa place dans le système.

Il faut remettre dans la rue des animateurs, des médiateurs, capables d’aller à la rencontre de cette jeunesse, de lui parler – c’est très important- et de bâtir avec elle les projets qui vont l’intéresser et l’occuper, lui redonner espoir. Il faut l’aider à se prendre en main, à retrouver le chemin de l’autre. Il faut créer un espace de rencontre, un lieu ouvert, portant en son sein des projets culturels, un lieu autogéré, susceptible de développer le sens des responsabilités et de l’initiative. De ce point de vue, les sous sols de l’ancien tribunal pourraient s’avérer idoines, et permettre ainsi la rencontre de deux mondes.

Il faut renforcer l’activité de MAJ, Moissac animation jeunesse dont l’importance n’est plus à démontrer. Mais il faut réorienter certaines de ses interventions, l’amener à moins se disperser, pour mieux prendre en charge les demandes les plus pressantes.

Il faut aussi ouvrir davantage les lycées sur la ville, les associer au sein de projets d’établissements ambitieux aux objectifs de citoyenneté et de développement personnels qu’exige le contrat républicain. Il est par exemple souhaitable de faire entrer la presse à l’école, pour aider les jeunes à en comprendre le fonctionnement, mais surtout à développer un esprit critique par rapport à internet notamment.

Il faut enfin donner au plus grand nombre le goût du sport loisir, du sport spectacle. Il faut que les équipements  municipaux, stades et autres terrains de jeux soient accessibles tout le temps et en particulier pendant les vacances. A ce niveau, le rôle des animateurs est central. Mais là aussi, il faut mobiliser les clubs, lier les subventions municipales à un travail en profondeur, cadré et évalué sur des objectifs précis, auprès de la jeunesse la plus défavorisée.

Il y a certainement d’autres pistes à explorer, d’autres projets à bâtir, autour des transports urbains par exemple…