Le monde d’après TRUMP

NOTE DE CONJONCTURE

DEUX MOIS QUI ONT BOULEVERSÉ LE MONDE

Par

Philippe DOMY/ Anne SOUETRE/Gérard VALLES

Préambule

Le présent document provient du travail conjoint et collaboratif des membres de la section prospective du CESER Occitanie. Il est le fruit d’échanges, de recherches et d’une composition que nous avons voulue commune, sans pour autant occulter les divers points de vue qui peuvent être envisagés. Il s’agit là d’un travail éminemment subjectif, que nous avons tenté d’objectiver en y intégrant tous les membres de la section, et en étayant le plus possible nos propos.

L’idée de nous consacrer à ce travail a émergé au lendemain de l’élection présidentielle américaine de novembre 2024, événement que nous avons considéré comme un épiphénomène marquant dans un contexte beaucoup plus vaste d’évolution de la situation internationale. Nous avons souhaité dans le cadre de la section prospective en comprendre les enjeux et en décrire les diverses manifestations qu’elles soient d’ordre géopolitique, économique, ou encore socio-culturel, et ce, aux niveaux mondial, national, et enfin régional. Cet examen n’a aucune vocation à l’exhaustivité, mais entend simplement dresser un constat, global, intelligible et applicable à notre région. En cela, cette note, qui aborde de nombreux sujets traités par ailleurs par les commissions du CESER Occitanie[1] n’entend en rien se substituer à leurs missions respectives. Les bureaux du 27 novembre 2024 et 3 février 2025 ont voté à l’unanimité le principe d’une contribution élaborée par la Section Prospective du CESER sur les conséquences, notamment géopolitiques, de l’élection de Donald Trump aux États-Unis pour notre région, la France et l’Europe.

Enfin, dans notre analyse, nous avons souhaité dégager des pistes de réflexion, des ébauches d’évolutions plausibles et des tendances à envisager. Le délai que nous nous sommes impartis pour effectuer cette analyse étant très limité, celle-ci ne doit en aucun cas être considérée comme une démarche prospective méthodique et poussée. Nous entendons simplement mettre en évidence des sujets et processus qui pourraient alerter, ou tout au moins inciter à approfondir l’analyse et à prendre des mesures adéquates pour y faire face.

Ce travail constitue donc moins une note de conjoncture – bien qu’elle soit issue d’une réaction tout à fait contemporaine aux faits dont nous sommes depuis quelques mois témoins, et dont nous pouvons redouter ou espérer les conséquences – qu’une note d’éclairage, que nous avons souhaitée la plus compréhensible et recevable, voire indiquant un possible réalisable.

Date de dernière mise à jour : 24 mars 2025

INTRODUCTION

Au crépuscule de son premier quart, le XXIème siècle se singularise par la succession et l’accumulation d’événements qui ont généré bouleversements, évolutions, mutations, transformations. On a coutume de dater le démarrage de ce nouveau siècle au 11 septembre 2001, jour de l’attentat contre les tours jumelles de New-York. On note ensuite de multiples faits et conflits. Il est possible de citer, sans être exhaustif : les guerres d’Afghanistan et d’Irak, le passage à l’euro, la crise financière, les printemps arabes, les tensions en Europe de l’Est (Géorgie, Crimée, Dombass), la Syrie et l’Irak avec le califat de Daech, la poussée de l’islamisme et du terrorisme, les guerres africaines, le conflit russo-ukrainien, le pogrom du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023, suivi de la guerre de Gaza et de ses conséquences dramatiques sur la population palestinienne. 

Sans oublier les faits et événements civilisationnels et/ou générationnels : la crise du Covid, la montée des intégrismes et des mouvements woke[2] ou inter-sectionnels[3], la remise en question de la valeur travail dans son acception traditionnelle, et bien sûr, les enjeux environnementaux et climatiques.

Si le début du XXème siècle avait été marqué par un événement unique et cataclysmique, la première guerre mondiale, la « Der des Der », qui a fait passer directement de la « Belle Epoque » aux « Années Folles » qui deviendront follement tragiques, le XXIème siècle a commencé de façon plus complexe, plus subtile, voire, à certains égards, chaotique. Le paysage mondial est bouleversé progressivement par les progrès scientifiques et technologiques qui changent la vie quotidienne, en l’améliorant pour beaucoup, en la rendant plus difficile pour d’autres, les plus démunis en particulier.

La récente élection américaine est le marqueur de ces bouleversements, par ses causes et par ses conséquences qui se dessinent de façon accélérée sous le double signe de la provocation et de la contradiction. Sur le plan mondial, au niveau européen et hexagonal, au sein de notre région Occitanie qui est au cœur de nos travaux, quatre grands axes nous incitent à la réflexion :

  • La puissance et l’extra-territorialité du dollar[4].
  • Le défi de l’immédiateté posé par le progrès technique et illustré par le pouvoir exponentiel des GAFAM[5](Google Amazon, Facebook / Meta, Apple, Microsoft), sans oublier leurs homologues chinois, les BATX[6](Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).
  • La relation avec la nature, l’Homme reste-t-il au centre de notre monde ?
  • La déclaration de guerre à l’Ukraine dans le plus grand mépris des traités signés qui provoque depuis trois ans la fin de la paix et le retour de la guerre sur le continent européen.

La fin de l’année 2024 a été marquée par des constats alarmants. Alors que les sommets internationaux sur le climat se multiplient pour accélérer les actions, des records inquiétants témoignent d’une aggravation de la crise climatique. Pour l’année 2024, la température moyenne globale a augmenté de 1,5°C avec le risque de dépasser les 2,7°C en 2050[7]. Conséquences : des vagues de chaleur, des inondations massives, et des cyclones d’intensité accrue affectent des millions de personnes. Autre record historique au niveau mondial : la concentration de CO2 qui reflète l’inefficacité des efforts de décarbonation. Par ailleurs, les secteurs-clés (énergie, transports, agriculture) nécessitent une transformation rapide et profonde qui tarde à se concrétiser pleinement.

L’Europe fait face à une accumulation de crises : défis environnementaux, désindustrialisation, dette, défense des intérêts particuliers et protectionnisme croissant, montée des populismes, remises en cause des institutions et du modèle européen institué depuis 1957, qui permet aux États membres de régler depuis plus de 70 ans les problèmes par la négociation, la coopération, la solidarité et le partage de valeurs communes. La France, quant à elle, subit de plein fouet les conséquences de ces crises, d’autant plus que sa politique intérieure peine à porter des réponses décisives.

  1. Contexte géopolitique : un monde en effervescence 

1.1. La généralisation des tensions géopolitiques

Les lignes de fracture qui déchirent le globe aujourd’hui remettent en question l’ordre du monde hérité de la Seconde Guerre mondiale. Le bouleversement du monde est tel que même l’un des principes fondateurs de la société internationale, la non-remise en cause des frontières, n’est plus intouchable. Outre-Atlantique, les experts en relations internationales brisent les tabous. L’Occident, et en particulier la vieille Europe, n’en ont pas fini avec les processus de décolonisation. Ce phénomène concerne particulièrement la France, accusée par les pays africains de maintenir avec eux des relations de sujétion.

Les zones de tension ne se limitent pas à l’Ukraine et à Gaza. Les ambitions de Pékin en Mer de Chine, la menace qui pèse en permanence sur Taïwan, les conflits en cours au Yémen, en Syrie, au Soudan, ou le conflit Israélo-Palestinien, donnent l’impression d’un monde sur le point d’imploser, sans que les institutions internationales, de plus en plus contestées, puissent réellement intervenir. Les affrontements se font parfois par procuration.

L’ordre du monde né de la Seconde Guerre mondiale vacille, les remises en question se multiplient dangereusement, la suprématie du modèle occidental est fortement contestée, et pour l’heure, rien de solide n’est apparu qui permettrait de forger un contre-modèle. Les expressions « Sud Global », « Nord Global », The West versus the Rest sont autant de formules de plus en plus employées, qui tentent de raconter un monde qui se crispe et se fracture. Nous entrons dans une phase de confrontation manifeste au sein de l’Occident, c’est-à-dire la sphère d’influence américaine entre, d’une part, les États-Unis et les démocraties libérales de l’Europe et, d’autre part, entre l’Europe et le reste du monde, dont diverses composantes ont en commun une certaine détestation de l’Occident. En charge de l’ordre mondial, l’ONU, dont la charte, dite de San Francisco[8], proclamait l’avènement d’un monde plus juste, plus humain, se voit reléguée au second plan, impuissante à régler les conflits surtout quand les nouveaux empires en sont partie prenante. 

1.2. Les enjeux liés à la crise climatique et à l’érosion de la biodiversité

La crise climatique est désormais un enjeu central des relations internationales, structurant les alliances, les rivalités, et les priorités stratégiques. Les acteurs majeurs, comme la Chine et les États-Unis, adoptent des positions influencées par leurs intérêts économiques et politiques. 

La COP 29[9] a réuni près de 200 pays à Bakou, en Azerbaïdjan qui se sont séparés sur un accord bancal qui devrait tripler le financement aux pays en développement : de 100 milliards de dollars par an précédemment, à 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035. Un effort de transparence a aussi été admis, permettant de constituer une base factuelle plus solide pour renforcer les politiques climatiques au fil du temps, et d’aider à identifier les besoins et les possibilités de financement. Les pays se sont mis d’accord sur des normes pour un marché du carbone centralisé[10] sous l’égide des Nations Unies avec accélération des projets de captage et stockage du carbone (CCS). Mais la destruction des écosystèmes naturels réduit la capacité des forêts et océans à capturer le carbone, accentuant le dérèglement climatique.

De nombreux pays n’ont pas atteint leurs objectifs intermédiaires[11] pour 2030. L’accent est mis sur des mesures immédiates, comme le financement des énergies renouvelables et la décarbonation des secteurs industriels. Des investissements ont été envisagés dans l’agriculture durable et la gestion de l’eau pour prévenir les crises alimentaire et hydrique. La première centrale à hydrogène 100% verte sera lancée en Europe. Mais L’absence de mention explicite sur la sortie des énergies fossiles, pourtant un acquis majeur de la COP 28, a suscité des frustrations au sein des pays de l’Union européenne (les énergies fossiles représentent encore 77% de la consommation mondiale d’énergie). L’Union européenne s’est fixé un objectif de décarbonation (Zéro Carbone) en 2050, la France représentant 3% du PIB mondial pour 0,9% des émissions de CO2.

La COP 29 a souligné que la production de plastiques[12] représente environ 4% des émissions mondiales de GES (gaz à effet de serre), soit l’équivalent de l’ensemble du secteur aérien. 22% de ces déchets mal gérés entraînent une pollution environnementale sévère et des émissions de méthane, un gaz à effet de serre puissant. Au chapitre des solutions : le renforcement des interdictions sur les plastiques à usage unique, l’utilisation vers des polymères biosourcés et recyclables, et le développement de l’économie circulaire (50% d’ici 2050).

Il est également documenté que la plus grande part de l’énergie que nous consommons provient de combustibles fossiles (85 à 90% de la consommation d’énergie primaire[13]). Alors que l’économie mondiale dépend toujours en grande partie des énergies non-renouvelables, la construction d’une économie sans carbone devient vitale pour tout programme politique, économique, social et environnemental.

Au cours des 30 dernières années, les réserves prouvées de pétrole et de gaz dans le monde ont globalement augmenté de 50%, cependant il y avait 1 732 milliards de barils de pétrole en réserve fin 2020[14], soit approximativement 52 ans de production au rythme actuel de consommation. Il y avait 188 074 milliards de m3 de gaz en réserve fin 2020, soit approximativement 50 ans de production au rythme actuel de consommation.

L’Afrique, bien qu’historiquement faible émettrice[15], est au centre des débats en raison de son exposition aux impacts climatiques et de son potentiel en tant qu’acteur-clé dans les solutions futures. L’Afrique représente moins de 4% des émissions mondiales cumulées depuis l’ère industrielle. C’est dire qu’elle a quelques raisons à demander aux pays développés de lui fournir une aide substantielle, car elle subit de plein fouet la crise climatique : désertification au Sahel, montée des eaux en Afrique de l’Ouest, sécheresses en Afrique australe et de l’Est. Et pourtant elle ne manque pas de ressources. L’Afrique détient environ 60% des capacités mondiales en énergie solaire. Et le continent qui est riche en métaux rares (cobalt, lithium) indispensables pour la transition énergétique mondiale, est l’objet de convoitise de la Russie, mais surtout de la Chine qui y déploie une diplomatie tout aussi pragmatique que cynique. L’Europe s’efforce de maintenir des liens historiques avec le continent, notamment à travers des programmes d’aide climatique, mais se trouve de plus en plus marginalisée malgré ses importantes contributions, sans préjudice du possible de l’éventuel retrait de l’aide américaine. 

Quelles réponses face à l’accélération inquiétante de l’érosion de la biodiversité ?

La 16ème Conférence des Parties de la Convention des Nations Unies[16] sur la diversité biologique qui s’est récemment tenue à Cali, puis à Rome, en octobre 2024 et février 2025 a abouti à un accord sur les questions de financement. Les principaux enjeux de cette COP16 étaient de s’accorder sur la mobilisation des ressources financières et la fixation d’un cadre commun permettant de suivre et d’évaluer les progrès des pays en matière de biodiversité. De grandes ambitions et quelques avancées se sont manifestées.

Plus de 150 pays ont adopté une résolution sur la stratégie de mobilisation des financements[17]. Il s’agit d’un plan de travail sur cinq ans pour débloquer les sommes nécessaires afin de poursuivre la feuille de route adoptée à Kunming-Montréal en 2022[18] et de réaliser les objectifs pour limiter la destruction de la nature. De plus, plusieurs décisions ont également été prises sur les aires marines, les ressources génétiques ou encore les peuples autochtones. Ces derniers, qui ne disposaient jusqu’alors que d’un groupe de travail provisoire, ont obtenu la création d’un organe de représentation permanent. 

Huit gouvernements (Allemagne, Autriche, Danemark, France, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et la province canadienne du Québec) se sont engagés à contribuer, à hauteur de 150 millions de dollars, au fonds-cadre mondial pour la biodiversité[19], créé en 2022 pour soutenir l’effort des pays en développement.

Un « Fonds Cali[20] » a également été créé. Ce fonds sera abondé par les entreprises générant des bénéfices sur la numérisation des données génétiques de plantes ou d’animaux issus de pays en développement (industries agro-alimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques notamment). L’objectif de ce fonds est de partager les bénéfices de ces entreprises avec les pays en développement. Lors de la COP17, qui aura lieu en 2026 en Arménie[21], les pays devront donc faire le bilan de leurs efforts, sans pour autant avoir développé les outils de suivi et d’évaluation des grandes orientations, à destination des gouvernements, pour bâtir de nouveaux marchés qui soient réellement bénéfiques pour la nature.

1.3. Les dynamiques démographiques

Par ailleurs, la prospective géopolitique ne peut ignorer les conséquences des évolutions de la population mondiale[22]. À l’explosion démographique des deux siècles précédents fait suite, à la fin du XXème et au début du XXIème siècle, une tendance à la dénatalité dans de nombreux pays occidentaux. La France, comme bien d’autres pays, n’échappera pas à cette tendance qu’il faut croiser avec le processus de vieillissement de la population.

La croissance démographique mondiale devrait atteindre son apogée, avec 8 milliards d’individus, à l’horizon 2050, date à laquelle les courbes du vieillissement des populations et du phénomène de dénatalité devraient se croiser. Un risque « d’effondrement démographique » ne manquera pas d’impacter les organisations et les équilibres socio-politiques.

Les pays dits « riches » sont plus rapidement confrontés à cette problématique que les pays émergents. Alors que sa population devrait diminuer de 14% d’ici 2054, la Chine a engagé une large réflexion sur la baisse de son taux de fécondité. Elle a abandonné la politique de l’enfant unique, misant sur la croissance du niveau de vie et une émigration choisie. En Inde, la population devrait augmenter d’autant dans la même période, consolidant sa première place à l’échelle mondiale.  L’Afrique et d’autres territoires du monde seront, certes dans des délais un peu plus longs, confrontés au même phénomène. Les tendances lourdes actuelles visant à s’opposer aux migrations devront être reconsidérées en lien avec les conséquences des changements climatiques et de l’imminente crise de l’eau, avec une attention particulière concernant l’Inde et l’Afrique.

Ces perspectives imposent une réflexion philosophique et politique sur l’évolution de nos sociétés. Elles sont également remises en question par le surgissement en Europe, mais aussi aux États-Unis, de doctrines illibérales, sortes de mélange entre libéralisme économique, autoritarisme, et populismes politiques. De fait, la société française, (tout autant que la société européenne) est durablement fragilisée par des évolutions culturelles et sociologiques qu’elle maîtrise de moins en moins. Cela conduit à une perte d’identité, une perte de confiance en elle-même, et donc un affaissement généralisé de ses capacités de résistance et de sursaut, mais aussi à du populisme et à du communautarisme. D’autant plus que nos démocraties occidentales sont profondément malmenées par les réseaux sociaux, instruments privilégiés des adeptes de la post-vérité.

1.4. La Chine et les BRICS

Dans ce théâtre géopolitique mondial, la Chine joue un rôle de plus en plus prépondérant. Celle-ci, en 2050, dépassera-t-elle les États-Unis en qualité de première puissance mondiale[23] ? Si la catastrophe démographique et le trou d’air que traverse l’économie chinoise jettent une ombre sérieuse sur cette ambition[24], ne négligeons pas son aptitude au dépassement, comme observé dans les domaines du numérique, des processus industriels et du spatial. Par ailleurs, la Chine s’emploie à imposer sur la terre, sur la mer et dans les airs une politique du fait accompli. Un accaparement de territoires, d’eaux internationales et d’espaces aériens dans lesquels elle défie des pays moins dominants mais aussi des puissances comme l’Inde. Le rattachement de Taïwan reste la clé du rêve de la Chine, porté par le président chinois. La Chine n’en affiche pas moins des ambitions environnementales, avec l’objectif de la neutralité carbone en 2060. Elle est en effet le premier émetteur de gaz à effet de serre[25], avec environ 30% des émissions mondiales. Le charbon représente 56% de son mix énergétique. Mais elle est aussi leader des énergies renouvelables : 70% de la production mondiale de panneaux solaires avec un développement agressif des énergies éolienne et hydrogène vert. Elle se veut la championne des pays en développement face aux nations occidentales, qu’elle accuse, à juste titre, de responsabilité historique dans la crise climatique. 

Les BRICS[26] (Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud) représentent 40% de la population de la planète et un quart du PIB mondial. Ils entendent s’affranchir de la domination occidentale et promouvoir un ordre mondial multipolaire. Ils veulent réformer les institutions financières internationales en créant une nouvelle banque de développement. Mais la diversité des membres, les disparités de développement économique et des intérêts géostratégiques différents leur interdisent de former un bloc homogène et donc véritablement efficace dans la compétition internationale. Pour autant, plus d’une vingtaine de nouveaux pays présentent leur candidature (BRICS+[27]), entraînant une réflexion sur l’opportunité de se dégager de la domination du dollar dans leurs échanges internationaux au profit du yuan chinois, créant ainsi un nouveau rapport de forces dans les déséquilibres de la mondialisation (à eux seuls, ils pèsent 51% de la population et 35% PIB mondial).

1.5. Le retour des empires

Les États-Unis semblent aujourd’hui les grands gagnants de l’éclatement de la mondialisation. Leur économie croît de 2,8% par an et se trouve en situation de plein emploi. Leur développement s’appuie sur des atouts maîtres : une population de 345 millions d’habitants en expansion de 0,6% par an, résultat d’une immigration qui menace les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) de perdre la majorité au sein de la population américaine, des gains de productivité annuels de 2,5%, la souveraineté dans les domaines de l’agriculture et de l’énergie, la domination du secteur de la technologie. Leur influence est adossée à la première armée du monde.

Tout à leur souci de conserver le leadership économique et militaire, les États-Unis se soucient peu de la crise climatique dont ils subissent pourtant de plus en plus les conséquences. Deuxième émetteur mondial de GES, ils représentent environ 14% des émissions globales. Certes, 369 milliards de dollars ont été alloués au développement des énergies renouvelables et la réduction de 40% des émissions domestiques de 2005 à 2030, par le biais de l’Inflation Reduction Act[28] (IRA). Mais les États-Unis refusent d’abandonner les énergies fossiles.  L’élection de Donald Trump renforce cette détermination.

Face à l’Empire américain dont la suprématie, ne serait-ce qu’à travers le dollar, ne se dément pas, survit l’Empire russe, ex-empire soviétique. La Chine, l’ancien Empire du milieu, ne fait pas mystère de ses ambitions impérialistes, qu’elle appelle les « nouvelles routes de la soie[29] », dont le parachèvement devrait intervenir pour le centenaire de la République populaire de Chine en 2049. Mais d’autres tentent aujourd’hui de se faire une place au banquet. L’Iran des mollahs rêve de l’Empire de Cyrus II, quand la Perse régnait, entre autres, sur tout ce qu’on appelle le Moyen Orient. Les Turcs voudraient ressusciter l’Empire Ottoman démantelé par l’Angleterre et la France à la suite des accords Sykes-Picot en 1915.

1.6. Quelle place pour l’Europe ?

Confrontée à ces tendances lourdes, comment l’Europe peut-elle créer les conditions du renforcement de son Union, notamment en matière de défense, dans le contexte de sa mise à l’écart par les États-Unis, de la négociation de la paix entre l’Ukraine et la Russie ? Et comment pourrait-elle réunir ses moyens militaires[30] au moins trois fois supérieurs (320 milliards d’euros) à ceux de la Russie (110 milliards d’euros), la force nucléaire mise à part ? Le renforcement de l’Union européenne, en particulier dans le domaine de la défense, est un sujet complexe qui nécessite une approche multidimensionnelle. Il appartient aux Européens de procéder au renforcement de leur coopération politique et stratégique[31]. Les États membres doivent renforcer leur unité politique pour parler d’une seule voix sur les questions de défense et de sécurité. Cela inclut la mise en place de mécanismes de prise de décision plus efficaces au sein des institutions européennes, pour une stratégie commune de sécurité et de défense qui définisse clairement les objectifs, les menaces, et les moyens à mettre en œuvre.

Il s’agit d’augmenter les capacités militaires et l’interopérabilité des forces armées de certains des États membres pour permettre des opérations conjointes et partager leurs ressources ; de soutenir le développement d’une industrie de défense européenne compétitive et innovante ; d’investir dans la recherche et le développement pour maintenir une avance technologique et organiser une capacité de réaction rapide pour faire face aux crises émergentes, y compris les conflits régionaux et les menaces hybrides. Tout cela exige une volonté politique forte et une coopération étroite entre les États membres. S’il n’y a pas de puissance, il n’y a pas de pouvoir de décision.

La situation internationale qui résulte d’années d’atermoiements politiques, aux plans européen et national, est inédite. Le défi de cette grande bascule du monde nous oblige à prendre les décisions nécessaires pour nous doter d’une défense militaire européenne autonome, et arbitrer les choix budgétaires décisifs pour en payer le prix fort sur nos PIB respectifs[32].

Le renversement d’alliance opéré par les États-Unis, au détriment de l’Ukraine et au-delà de l’Europe, et la menace de la Russie, ont des répercussions significatives sur l’Europe qui, d’un certain point de vue, pourraient paraître favorables dans l’urgence à agir. Les pays européens augmentent leurs dépenses de défense et renforcent leur engagement au sein de l’OTAN, contribuant à une coopération militaire plus étroite et intégrée entre les pays membres. La menace russe met en lumière la nécessité pour l’Europe de développer une plus grande autonomie stratégique, notamment en matière de défense, de renseignement et de technologie. Cela pourrait conduire à une coopération plus étroite et à des investissements communs dans des domaines-clés.

Mais il est important de considérer que l’unité européenne n’est pas garantie, et que des divergences existent entre les pays membres sur la manière d’agir. Bien que la Russie soit le catalyseur pour une plus grande unité et une action plus ferme et efficace au sein de l’Europe, cela dépendra largement de la façon dont les pays européens choisiront de répondre collectivement à ces défis existentiels. 

N’oublions pas que l’accès aux mers chaudes est un invariant stratégique pour la Russie, non seulement pour les raisons économiques qu’elle invoque, mais aussi pour maintenir son statut de grande puissance face aux États-Unis et à l’OTAN. C’est une constante de sa politique étrangère depuis plusieurs siècles et un moteur-clé de ses interventions en Ukraine, en Géorgie et au Moyen-Orient.

1.7. La région Occitanie

La façade méditerranéenne de l’Occitanie, avec celle de la région PACA, pourrait l’amener à être impactée par ces enjeux géopolitiques, militaires et commerciaux majeurs, avec l’ensemble des États du pourtour méditerranéen ; au premier chef avec les grands ports italiens et grecs. Adossée aux Pyrénées, ouverte sur la Méditerranée, et loin des centres de décisions économiques monopolisés par la capitale et des pôles industriels historiques du nord et de l’est de la France, l’Occitanie a entamé un repositionnement industriel tardif avec l’aéronautique, puis le spatial, doublé d’un repositionnement géographique et stratégique, avec l’élargissement de l’Union européenne à la péninsule ibérique.

Au moment où tout bouge, où de nouveaux pôles se forment, l’Occitanie devient possiblement un maillon fort du territoire européen et du bassin méditerranéen[33]. Ce dernier, depuis Gibraltar jusqu’au Bosphore, prolongé même jusqu’à la mer d’Azov, est l’un des points de la planète les plus sensibles aux chocs culturels et civilisationnels qui ont engendré et engendrent les conflits les plus durs.

Par les liens solides de coopération[34] qui se nouent et se renforcent avec ses proches voisins et le haut niveau technologique et innovant de ses activités, l’Occitanie se veut une véritable puissance régionale incontournable. 

Les initiatives du CESER Occitanie[35] ont permis de créer un nouvel espace de coopération pour les CESER de l’Arc Méditerranéen portant sur l’éradication de la pollution par les plastiques de la Méditerranée, la problématique « eau bien commun » et la préparation d’une nouvelle politique agricole commune (PAC) par l’évolution de nos modèles agricoles vers les modèles méditerranéens[36]. Ainsi, le CESER réaffirme le souhait que la France demande à l’Union européenne l’organisation d’un Grand Forum sur les conséquences du changement climatique pour la Méditerranée.

Donald Trump cherche à imposer des augmentations de droits de douane sur toutes les importations des États-Unis, une des premières mesures symboliquement prises dès son accession au pouvoir[37], au risque de s’aliéner le partenariat commercial avec l’Europe qui représente un marché de 450 millions de consommateurs[38]. Par réflexe protectionniste, en augmentant les droits de douane, il rend les produits européens plus chers sur le marché américain, ce qui peut encourager les consommateurs à n’acheter que des produits américains. Par cette augmentation, le président Donald Trump espère réduire le déficit commercial avec l’Europe, en rendant les exportations américaines plus compétitives, et diminuer les importations européennes. 

Prenons bien en compte que les droits de douanes peuvent être utilisés comme un levier de négociation pour obtenir des concessions[39] de la part de l’Europe dans d’autres domaines tels que celui des normes commerciales, de la propriété intellectuelle ou de l’accès aux marchés. Certaines industries américaines, comme l’acier et l’aluminium, ont un poids politique majeur. En protégeant ces industries, Donald Trump peut obtenir le soutien de ces secteurs et de leurs travailleurs.

Le président américain a souvent mis l’accent sur la souveraineté économique des États-Unis. En augmentant les droits de douane, il envoie un message fort sur l’indépendance économique américaine. Cependant, ces mesures comportent des risques, notamment celui de représailles commerciales de la part de l’Europe[40] et de la Chine[41] de nature à nuire aux exportations américaines et potentiellement déclencher une guerre commerciale. De plus, les consommateurs américains pourraient finir par payer plus cher pour certains produits, affectant ainsi leur pouvoir d’achat. 

Le nouveau président des États-Unis a également pour ambition de stopper l’immigration illégale, voire l’immigration choisie, et d’expulser les clandestins, au nombre de 3 millions en 2024, ce qui conduirait à des difficultés de recrutement[42]. En outre, il a l’intention de prolonger les baisses d’impôts du Tax Cuts and Jobs Act[43], et de les amplifier avec notamment un taux d’impôt sur les sociétés de 15%. Cette politique pourrait cependant s’avérer inflationniste, entre 7 et 10% à la fin de 2025 et en 2026[44]. L’arrêt de l’immigration choisie devrait faire remonter la proportion des entreprises confrontées à des difficultés de recrutement (qui avait reculé de 52 à 40% entre mi-2022 et l’automne 2024, en grande partie en raison d’une forte immigration). 

Mais les grands perdants de cette politique économique seraient la Chine, les autres pays émergents et l’Europe. La Chine souffre d’une demande intérieure faible, avec les pertes patrimoniales dues au recul des prix de l’immobilier et à la faiblesse de l’investissement des entreprises. Mais elle peut encore aujourd’hui compenser cette faiblesse par la croissance des exportations, visant prioritairement l’Europe, moyennant un fort plan de relance en cours.

Les autres pays émergents vont souffrir également de la taxation de leurs exportations vers les États-Unis et de l’attrait accru des capitaux internationaux pour les États-Unis, en raison de la hausse des taux d’intérêt sur le dollar. C’est pourquoi les BRICS+ mettent en avant des initiatives visant à renforcer leur coopération et à réduire leur dépendance vis-à-vis des systèmes économiques dominés par l’Occident[45], notamment en matière de paiements internationaux, prônant « dédollarisation et dispositifs de paiements alternatifs ». La création d’un fonds de garantie gouvernemental des cryptomonnaies aux Etats-Unis[46] est une entorse à la souveraineté nationale des monnaies qui pourrait entraîner des conséquences sur la valorisation du dollar et la montée en puissance des cryptomonnaies dans les échanges internationaux.

Les États-Unis, qui finançaient 15% des activités de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)[47], ont décidé de s’en retirer. Cela va accroître la pression sur les autres contributeurs, affaiblir la coopération internationale et pénaliser fortement les pays en développement. Outre que certains pays pourraient être tentés de suivre l’exemple US, la gestion des crises sanitaires mondiales pourrait en pâtir fortement.

Enfin, l’Europe va être pénalisée d’une part par l’affaiblissement de ses exportations vers les États-Unis, d’autre part par la hausse des taux d’intérêt à long terme. Si les taux d’intérêt américains montent de 200 points de base, ceux de la zone euro n’augmenteraient que d’environ 100 points de base[48], ce qui ferait notamment rechuter l’investissement en logements et pourrait même provoquer une crise de la dette dans les pays où les finances publiques sont les plus détériorées. La France est on ne peut plus concernée.[49]

2.1. Un écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro 

Pendant les trois premiers trimestres de 2023, la croissance moyenne annuelle des États-Unis a été de 3,1%, alors que celle de la zone euro n’a été qu’à peine supérieure de 0,1%[50]. Parmi les causes de cet écart très important, figurent les évolutions de l’offre et de la demande de biens et services.

L’offre de biens et services a progressé beaucoup plus rapidement aux États-Unis que dans la zone euro en 2023. La productivité du travail croît outre-Atlantique de l’ordre de 2% par an et recule d’environ 0,4% par an dans la zone euro. La population en âge de travailler croît de 0,3% par an aux États-Unis et diminue de 0,2% par an dans la zone euro. Le taux d’emploi, lui, est stable aux États-Unis et progresse de 0,8 point par an dans la zone euro. Au total, on peut estimer la croissance potentielle des États-Unis à 2,3% par an et celle de la zone euro à 0,2% par an.

L’écart entre les gains de productivité aux États-Unis et dans la zone euro génère un écart substantiel entre les taux de croissance de l’offre de biens et de services. Cet écart restera probablement présent dans le futur en raison de l’efficacité des politiques de stimulation des investissements liés à la transition énergétique et de relocalisation de l’industrie des semi-conducteurs aux États-Unis. L’Inflation Reduction Act[51] (IRA) et le Chips Act[52] ont montré leur efficacité pour générer un supplément d’investissement aux États-Unis.

Il est essentiel d’insister sur une constatation objective : l’Union européenne est une puissance mondiale. Certes, elle se cherche au plan politique, mais au plan économique, elle est forte et dispose d’un réel potentiel de rebond[53]. Comptant 27 pays membres, dont 20 font partie de la zone euro, elle est peuplée de 450 millions d’habitants, soit autant de consommateurs solvables du fait d’un niveau d’épargne élevé et d’un niveau d’endettement relativement faible. L’UE c’est 18 000 milliards d’euros de PIB, une des trois premières puissances économiques mondiales.

Sachant qu’une balance des paiements courants excédentaire est le signe d’une économie puissante et saine, l’Union européenne affiche une balance commerciale excédentaire de 150 milliards d’euros[54], à comparer au déficit commercial de 100 milliards de dollars des États-Unis, et une balance des paiements courants de l’ordre de 600 milliards d’euros en 2024, contre un déficit de 310 milliards de dollars pour les États-Unis. 

Sa principale faiblesse est son taux de croissance en dessous de 1%. Mais avec un vrai potentiel de rebond si l’Allemagne « pivote », conjointement à la baisse de son taux de chômage[55] moyen de 5,9% et à celle de son taux d’inflation[56] de 2,4% pour la zone euro. L’Europe connaît des taux d’intérêt en baisse, largement inférieurs aux taux américains avec des taux à dix ans pour le leader de la zone euro, l’Allemagne, à 2,45% contre 4,40% pour les États-Unis. Et un euro relativement stable, à un niveau favorable pour le commerce extérieur et la croissance.

Le modèle européen n’est pas le modèle américain. Il est moins dynamique, mais plus social, conformément à son pacte fondateur. Il appartient à l’Europe d’être plus unie pour résister face à la pression américaine et sortir de sa naïveté vis-à-vis de la Chine. Elle doit avoir conscience de sa puissance et se faire respecter. Prise en étau entre la Chine et les États-Unis, l’Europe a tous les atouts pour réussir.

2.2. États-Unis : une politique budgétaire expansionniste

Ce n’est pas seulement l’offre de biens et services qui progresse plus vite aux États-Unis que dans la zone euro, c’est aussi la demande de biens et services[57]. La consommation des ménages aux États-Unis a été beaucoup soutenue, et c’est encore le cas au premier trimestre 2024, par le recul du taux d’épargne des ménages, de 23% au début de 2021 à 8% en 2023 – si l’on regarde le taux d’épargne net des ménages, il régresse à 3,8% en décembre 2023.

Au contraire, le taux d’épargne brut des ménages de la zone euro reste supérieur à son niveau de 2019. Il dépasse 13% aujourd’hui et remonte depuis le quatrième trimestre 2022. L’investissement des entreprises s’est, lui, redressé plus vivement aux États-Unis que dans la zone euro.

Enfin, la politique budgétaire des États-Unis est extrêmement inflationniste[58]. Le déficit public atteint 6,8% du PIB dans l’année fiscale 2023, contre 5,5% du PIB en 2022, et une prévision de 6,9 % du PIB en 2024. Dans la zone euro[59], le déficit public a été de 3,6% du PIB en 2022, 3,2% en 2023 et sera probablement légèrement inférieur à 3% du PIB en 2024 – la France mise à part.

Les États-Unis ont donc fait le choix de financer un soutien très important à l’investissement des entreprises, en acceptant le coût budgétaire à court terme de ce choix. Les pays de la zone euro ont fait le choix inverse de revenir à une certaine orthodoxie budgétaire en réduisant leur déficit public, en moyenne pour l’ensemble des pays, en dessous de 3%.

2.3. L’innovation et les technologies comme moteur et enjeu de croissance : plaidoyer pour une Europe forte

Le rapport Draghi, publié en septembre 2024[60], alerte sur la situation de l’Union européenne. Il commence par placer au premier plan la puissance économique, en montrant du doigt le retard européen vis-à-vis des États-Unis dans le domaine de la technologie. Il déplore des visions parfois dogmatiques, l’absence de champions industriels et d’orientations de long terme (retour à l’électricité nucléaire). La peur des États de perdre une once de souveraineté empêche la transformation des succès technologiques en succès industriels. 

Nous avons un marché intérieur de taille similaire à celui des États-Unis et donc le potentiel pour agir à grande échelle. Pourtant le FMI estime que nos « barrières internes » équivalent à un tarif douanier d’environ 45% pour l’industrie manufacturière et de 110% pour les services.

L’auteur de ce rapport tire la sonnette d’alarme quant à la surproduction de normes. L’ancien patron de la BCE, connu pour son franc-parler, estime que l’Europe est de plus en plus en retard sur l’IA, sur l’énergie et en matière de géopolitique.

L’IA connaît une progression fulgurante et chaque jour sa frontière technologique s’éloigne de nous, quand bien même la baisse des coûts nous donne l’occasion de rattraper plus rapidement notre retard qui menace, non seulement notre compétitivité, mais aussi notre souveraineté, dans un monde où les dépendances technologiques deviennent des leviers d’influence politique et économiques décisifs.

Les prix de l’électricité et du gaz ont augmenté dans tous les pays européens et sont deux à trois fois plus élevés qu’aux États-Unis, provoquant des tensions internes relatives à l’absence de réactions rapides pour relever les défis de la transition énergétique. Il y a encore peu de temps, le principal thème géopolitique était la montée en puissance de la Chine. Aujourd’hui, l’Union européenne est confrontée à la menace de droits de douanes américains entravant son grand marché d’exportation et à la réorientation de la surcapacité des produits chinois vers le marché européen. À un tel point que les grandes entreprises de l’Union sont bien plus préoccupées par cet effet que par la perte d’accès au marché américain. De même, au plan stratégique, nous pourrions être largement livrés à nous-même pour garantir la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe-même.

« Le temps ne joue pas en notre faveur », insiste Mario Draghi à Strasbourg[61]. Il dépeint une Europe qui se rêve en « géante », mais agit en « naine ». Il ne se contente pas du constat, il propose un plan d’action radical articulé autour de trois axes : innovation, énergie et défense. Sera-t-il entendu ? La Commission européenne a endossé la plupart de ses conclusions[62], mais la vitesse d’exécution sera un paramètre majeur pour le redressement européen. Et le message, en conclusion, est-on ne peut plus clair : « l’Europe doit se réinventer ou sortir de l’histoire ». Pour relever ces défis, il est de plus en plus évident que « l’Union européenne doit agir de plus en plus comme si elle n’était qu’un seul État ». Cet objectif implique une décision historique : l’Europe doit surmonter ses blocages institutionnels et renoncer à l’immobilisme. M. Draghi est très explicite : « On ne peut pas dire non à tout : si nous refusons la dette commune, le marché unique, l’union des marchés de capitaux, nous devons admettre que nous ne sommes pas capables de défendre les valeurs fondamentales de l’Union européenne ».

Cette frilosité des États européens à aller plus loin dans la construction d’une communauté d’intérêts qui dépasserait le strict cadre commercial, peut avoir des origines électorales dans chaque État membre. Nous serions alors dans un cercle vicieux politique : chaque échelon de communauté sur le continent – Union, pays et même régions – serait poussé au repli sur soi, lequel repli nourrit les divergences d’intérêts. Le mérite du rapport Draghi est donc d’autant plus grand, qu’il nous place collectivement devant un choix draconien : un présent sûr dans lequel nous serions isolés (une « sieste intellectuelle »), ou un futur incertain que nous partagerions ensemble. Autrement dit : pouvons-nous vaincre le changement ensemble ? 

La doctrine de Donald Trump est un mélange instable d’impérialisme, d’isolationnisme et d’opportunisme, sur fond de populisme. Si notre continent a des craintes à avoir, c’est avant tout sur ses projets économiques et technologiques. Que peuvent faire l’Europe[63], la France et notre région l’Occitanie ? Exister, croire en elles, améliorer leur productivité qui décroche et investir dans la tech, notamment dans le numérique et les biotechnologies, comme le recommande le rapport de Mario Draghi !

2.4. Focus sur l’intelligence artificielle

Les technologies de l’intelligence artificielle sont sur le point de transformer en profondeur l’activité de nos sociétés. Mais au-delà de leurs conséquences économiques, sociales ou même culturelles, les IA représentent un enjeu géopolitique lié à la compétition économique et militaire entre les États-Unis et la Chine. À l’ère des nouvelles guerres hybrides, les IA pourraient jouer un rôle crucial dans la redéfinition des rapports de force mondiaux.

En pleine course à l’intelligence artificielle générale, OpenAI, Oracle et SoftBank prévoient d’investir 500 milliards de dollars dans des infrastructures aux États-Unis sur quatre ans. En dévoilant ce plan d’investissement privé colossal, Donald Trump a insisté : ce sera de l’IA made in USA. OpenAI, SoftBank et Oracle unissent leurs forces dans une joint-venture (co-entreprise) baptisée Stargate, avec un investissement initial dans des data centers[64] pour l’intelligence artificielle de 100 milliards de dollars, qui pourrait aller jusqu’à 500 milliards sur quatre ans. « On veut garantir le futur de cette technologie et la garder dans ce pays, la Chine est un adversaire », a dit Donald Trump, promettant la création de « plus de 100 000 emplois américains presque immédiatement ». Rappelons que selon ses propres chiffres publiés par la Commission européenne, l’UE investit aujourd’hui dans l’IA seulement 4% de ce que dépensent les États-Unis.

Au même moment, la Chine vient de lancer DeepSeek, une intelligence artificielle générative qui rivalise avec les géants technologiques de la Silicon Valley. Fondée par Liang Wenfeng, DeepSeek a introduit un modèle de raisonnement (DeepSeek 1) qui a rapidement surpassé ChatGPT d’OpenAI en termes de téléchargements en Chine et aux États-Unis. Ce modèle se distingue par son code quasi ouvert, ses coûts réduits et son efficacité élevée. Il excelle dans des domaines tels que la résolution de problèmes mathématiques, la programmation et l’inférence en langage naturel. L’émergence de DeepSeek a eu immédiatement un impact significatif sur le marché mondial entraînant une baisse de capitalisation boursière de sociétés comme Nvidia. Les avancées de la Chine en matière d’efficacité ne sont pas le fruit du hasard. Elles répondent directement à l’escalade des restrictions à l’exportation imposées par les États-Unis et leurs alliés. En limitant l’accès de la Chine à des puces d’IA avancées, les États-Unis ont involontairement stimulé son innovation et affaibli Nvidia, leur plus gros producteur de semi-conducteurs.  L’affaire DeepSeek prouve une règle importante, si les Américains sont à la pointe de la recherche fondamentale, les Chinois sont très avancés en ce qui concerne les applications commerciales et se sont activement préparés à une escalade dans la guerre commerciale et technologique.

Alors que le monde de l’IA s’est réuni à Paris, l’alliance entre le gouvernement américain et les Big Tech de la Silicon Valley voudrait casser le modèle européen fondé sur la régulation du numérique. Ces entreprises recherchent actuellement deux choses : affirmer leur centralité au cœur du processus décisionnel américain et s’assurer qu’elles ne seront pas contraintes par davantage de régulation. La dimension fondamentalement nouvelle est qu’elles essaient désormais de convaincre et d’impliquer le gouvernement américain pour les aider à gagner leurs batailles réglementaires en Europe. Cette tentative de politiser l’agenda numérique de l’Europe et d’essayer d’exercer un effet de levier supplémentaire en s’appuyant sur le gouvernement (donc potentiellement en l’intégrant dans la guerre commerciale étendue pour forcer les européens à négocier) est sans doute l’élément central à prendre en compte.

Si cette tendance se confirme et si le gouvernement américain se montre prêt à prendre des mesures plus fermes dans une logique d’escalade, la menace extérieure contre le modèle numérique européen axé sur les droits pourrait s’accroître. Comment résister ? L’Europe pourrait remporter le bras de fer si elle cessait d’avoir peur de son propre agenda.

2.5. La France : une puissance de deuxième rang

En 2024, la France dont l’économie est en difficulté au sein de l’Europe, est désormais au 7ème rang mondial. La croissance potentielle est nulle du fait de la baisse du taux de natalité (1,68 enfant par femme) et de la chute de la productivité de 8,5% depuis 2019. Les faillites d’entreprises s’envolent et la désindustrialisation se poursuit. Le déficit commercial dépasse les 100 milliards d’euros et les parts de marchés de la France se réduisent à 2,2% dans le monde.

La France est au 24ème rang pour la richesse par habitant, inférieure de 15% à celle de l’Allemagne et de 50% à celle des États-Unis. La paupérisation de la population et du territoire s’emballe, le chômage touchait 7,3% des actifs fin 2024, malgré les efforts accomplis, quand d’autres pays développés connaissent le plein emploi. Malgré l’importance des dépenses de protection sociale, soit 35% du budget de l’Etat (cf. Rapport du Ceser sur la pauvreté et la précarité) la pauvreté touche 9 millions de Français, aggravée par une crise du logement sans précédent depuis les années 1950 et par l’effondrement du système de santé et de l’éducation nationale. À cela s’ajoute chez les actifs un rapport plus difficile au travail qui n’apparaît pas chez nombre d’entre eux comme un outil d’émancipation et d’amélioration de leur condition sociale.

Les raisons de ces graves difficultés ne sont pas à chercher seulement dans la mondialisation, l’Europe, l’Allemagne ou l’immigration, mais dans les erreurs répétées de gouvernance de la France, depuis le tournant de la rigueur.  Les majorités successives ont reculé devant la mise en œuvre de projets collectifs et versé dans le malthusianisme, quand le gouvernement et le patronat de l’époque ne juraient que par l’économie de services au détriment du développement industriel. Notre pays a ainsi perdu la maîtrise de son destin pour dépendre de la Chine pour ses biens essentiels, des États-Unis pour l’énergie fossile, la technologie, la finance et la sécurité ainsi que de l’Allemagne pour sa dette. La France est désormais face à un problème majeur : elle dépose de moins en moins de brevets et doit faire face à la fuite des cerveaux alors qu’elle ne se donne pas les moyens d’en former davantage. À tel point que, dans un scénario sombre, notre pays pourrait menacer d’emporter dans sa chute la zone euro et l’Union européenne.

La France, en dépit de ses discours fédérateurs, prend parfois des positions dissonantes au sein de l’Europe. Un exemple flagrant est l’industrie spatiale. Pourquoi par exemple, l’ESA, d’Agence Spatiale Européenne, n’est jamais devenue l’Agence Spatiale de l’Europe. La France chercherait-elle à protéger la technologie de sa force de dissuasion et donc sa souveraineté ? Alors que dans le même temps, elle est confrontée à de multiples difficultés diplomatiques, en raison d’intérêts économiques divergents entre membres de l’UE, pour développer la coopération européenne favorisant la vente de ses produits d’armement et promouvoir une défense commune.

Pourtant, d’un point de vue prospectif dynamique, la France se trouve à un tournant décisif et doit choisir entre la modernisation ou le déclin. Malgré sa propension naturelle à se créer des freins, elle dispose de nombreux atouts pour réinventer : des talents, des universités et des grandes écoles de rang mondial, de l’épargne, une énergie décarbonée, des infrastructures de qualité, des grands groupes compétitifs (des leaders mondiaux tels qu’Airbus, Total, EDF, la filière nucléaire et les industries de défense, etc.), une armée remarquablement « échantillonnée » ayant conservé l’expérience du combat, un patrimoine et une culture avec peu d’équivalents.

2.6. La spirale dépressive de la France ?

Au contraire de ses engagements européens sur les plans budgétaire et financier, les déficits publics excessifs de la France engendrent une spirale économique délétère qu’il est urgent d’enrayer.

Certes, les gouvernements qui se succèdent cherchent à ramener les déficits publics sous contrôle. Pourtant, ce qui frappe c’est l’absence d’une véritable compréhension des enjeux. Réduire les déficits publics n’est pas un choix parmi d’autres. C’est une nécessité absolue pour garantir la prospérité future de notre pays.

Depuis le 19 juin 2024, la France est placée sous procédure pour déficit excessif par la Commission européenne, s’exposant à des sanctions financières. Les conséquences vont bien au-delà. Ce déficit (154,8 milliards d’euros au total, prévu 5,5% du PIB en 2025) décrédibilise la parole du gouvernement français auprès de ses partenaires de la zone euro. Il emprunte pour payer les intérêts de sa dette. Si cette mécanique n’est pas enrayée, elle risque de rendre la dette insoutenable (elle s’élevait à 3 228,4 milliards au deuxième trimestre 2024, soit plus de six mille milliards si on y ajoute la dette privée), avec la menace, à terme, d’un défaut de paiement. Un tel scénario sombre accentuerait l’incertitude, dissuaderait les investisseurs et étoufferait notre potentiel de croissance économique.

Par ailleurs, les déficits publics et la dette exposent la France à un risque fiscal croissant. Même socialement aménagée, une pression fiscale accrue génèrerait des coûts économiques majeurs qui freineraient la croissance. D’abord, les effets d’inactivité : lorsque la différence entre revenus bruts et nets devient trop importante, les individus perdent la motivation à travailler et se tournent davantage vers les aides publiques. Ensuite, les coûts de mise en conformité avec les diverses normes, communautaires comme nationales, créent un fardeau administratif qui pèse sur les entreprises et les ménages. Enfin, s’y ajoutent les coûts d’évasion et de contrôle fiscal, obligeant l’État à mobiliser des ressources dédiées, ce qui alourdit encore le système bureaucratique.

Les prélèvements obligatoires qui étaient en 1974 de 34% du PIB avec un budget en équilibre sont passés en 2024 à 43% du PIB avec un déficit budgétaire supérieur à 6%. Si on y ajoute le coût des normes et de leur bureaucratisation, estimé à 4%[65] du PIB en France, on mesure l’impact sur la croissance à retrouver, alors que celui-ci ne pèse que 0,2% en Allemagne et 0,5% en Italie. 

Le plus souvent, pour financer ses déficits, le gouvernement emprunte massivement en émettant des titres du Trésor public sur les marchés obligataires. Ces titres, considérés comme un investissement sûr, sont achetés par les banques centrales, les fonds d’investissement (les étrangers détiennent 50% de la dette tricolore), les entreprises et les particuliers. Mais il y a un prix à payer, à mesure que les emprunts publics augmentent, les ressources à disposition des entrepreneurs diminuent. Ce transfert de capital freine alors l’innovation et concentre le pouvoir d’investissement dans les mains de l’État, qui impose ses choix. Résultat : le pouvoir politique s’empare ainsi progressivement du contrôle de l’affectation des ressources rares. Cette dynamique peut encore s’aggraver si la demande publique de capitaux fait monter les taux d’intérêt.

Pour toutes ces raisons, l’assainissement des finances publiques s’impose. En 2024, les intérêts payés par l’État sur les emprunts souscrits pour rembourser la dette publique s’élèvent à 54,9 milliards d’euros. Il est prévu que ce montant atteigne 69,6 milliards en 2027, ce qui représente une augmentation significative des charges d’intérêts sur la dette publique. Le budget ministériel qui s’approche de ce montant en 2024 est celui de la défense (hors pensions) juste derrière celui de l’éducation nationale (64,3 milliards d’euros en première position dans le budget de l’État). Dans le bouleversement du monde que nous connaissons, cette situation dommageable démontre à quel point l’autonomie de décision gouvernementale est entamée et ses marges de manœuvre réduites, voire abolies.

Réduire l’endettement des administrations publiques (État et collectivités locales), c’est libérer l’investissement, favoriser les gains de productivité et relancer la croissance. Les faits parlent d’eux-mêmes : depuis 1960, l’investissement privé suit de près la discipline budgétaire publique. 

La dette publique et privée de la France est approximativement de 6 000 milliards, l’épargne des Français correspond au même montant, placée en assurances-vie et autres supports financiers. Comment libérer cette épargne afin qu’elle s’investisse dans l’économie nationale ? Plus que jamais, le thème du « grand emprunt vert » s’impose. Mais il faut régler dans l’urgence le doublement du budget de la défense et il appartient à l’Europe et à ses États membres de se doter d’une stratégie commune, tenant compte de l’agression russe en Ukraine.

2.7. Les atouts économiques de la région Occitanie

Notre région est elle aussi touchée de plein fouet par le chômage et la paupérisation. Nombre de travaux du CESER, entre autres, le démontrent. Pourtant, elle ne manque pas d’atouts.

Le secteur spatial peut s’envisager sous deux aspects : lanceurs et satellites. L’ESA, Agence Spatiale Européenne, n’étant pas investie de pouvoirs tels que la NASA par exemple, ne peut qu’accompagner la dispersion de l’industrie européenne du New Space en matière de petits lanceurs (capacité de lancement : autour d’une tonne en orbite basse). Le CNES assure la coordination du New Space français dont certaines implantations en Occitanie, quoiqu’encore peu significatives en matière d’emploi, illustrent le rôle que la région compte jouer dans ce domaine.

Les initiatives sont encore plus marquantes en matière de satellites. Ainsi, l’Université de Montpellier a accompagné le Sénégal dans la récente fabrication et la mise en exploitation d’un satellite. Là encore, la Région marque son dynamisme.

Cependant, le New Space français est encore en retard par rapport à d’autres pays, les États-Unis notamment. La France est longtemps demeurée réticente à l’égard des lanceurs réutilisables, des constellations et des microsatellites. Ces deux derniers domaines sont maintenant explorés en France, l’exploitation qui en est faite par les États-Unis ayant pavé la voie. Néanmoins la filière des satellites « classiques » est mise à mal par les constellations. Une restructuration de la filière semble inévitable. Elle pourrait impliquer les majeurs du secteur en Europe occidentale mais l’emploi dans la région de Toulouse pourrait en faire les frais, l’image d’une aéronautique florissante effaçant les remords des industriels et des politiques à y faire porter la pression.

Quoiqu’il en soit, si une telle restructuration devait aboutir, Toulouse, « Capitale de l’Espace », aurait des atouts à jouer, ne serait-ce que du fait de la présence des commandements français et de l’OTAN de l’espace dans son agglomération.

Concernant le secteur agro-alimentaire, on peut déjà constater que l’Occitanie est la première région bio de France en surface et en nombre d’exploitations. Cette position de leader offre un avantage compétitif dans la mise en conformité avec les exigences environnementales et pour répondre à une demande pour des produits sains et respectueux de l’environnement.

Outre la viticulture qui nécessite une diversification des cépages, l’Occitanie possède une grande diversité de productions (fruits et légumes, céréales, élevage ovin, etc.) qui lui permet de s’adapter aux évolutions de la demande et de réduire sa dépendance à une seule filière. La région compte de nombreuses AOC, IGP et Label Rouge qui valorisent les savoir-faire locaux et garantissent l’origine et la qualité des produits. L’industrie agroalimentaire peut capitaliser sur la qualité et la diversité des productions agricoles régionales pour développer des produits à forte valeur ajoutée, en misant sur les signes de qualité et les filières locales.

Reste que l’innovation est cruciale pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs (produits bio, locaux, végétariens, etc.) et pour améliorer la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. La recherche sur de nouvelles variétés culturales doit être soutenue et développée avec les pôles de compétitivité. D’autant que la ressource en eau n’est pas garantie, pas plus que la résilience des espèces végétales face aux excès du changement climatique. L’Occitanie est particulièrement exposée aux sécheresses et aux canicules intenses. La gestion de l’eau devient un enjeu crucial, nécessitant d’une part une stratégie globale basée sur la sobriété, et d’autre part des investissements dans l’irrigation raisonnée et le stockage.

La pression sur la ressource en eau s’accroît, du fait du changement climatique, mais aussi de la concurrence entre les différents usages (agriculture, industrie, tourisme, consommation humaine). Des arbitrages, donc une politique de l’eau, doivent être arrêtés au plus vite.

Les agriculteurs sont confrontés à la concurrence de pays tiers aux coûts de productions plus faibles et aux normes environnementales et sociales moins contraignantes. Plus que jamais, l’Europe doit parler d’une seule voix, adopter des règles communes aux 27. Au vu de la nouvelle politique douanière de Donald Trump, l’Europe pourrait être amenée à revoir sa politique agricole commune, dont les dispositions de l’accord Mercosur. Celui-ci a globalement des impacts favorables pour l’UE et la France, mais problématiques vis-à-vis de l’agriculture, qui doit faire face à des normes environnementales discriminantes. Les entreprises agroalimentaires sont confrontées à une hausse régulière des coûts de production. Pour qu’elles demeurent compétitives face à la concurrence internationale les contraintes doivent être allégées et le marché intérieur protégé. L’industrie agroalimentaire peut attirer et fidéliser les talents, en investissant dans la formation et l’innovation et en garantissant une juste rétribution des producteurs et des salariés de la filière.

Ces illustrations montrent que dans un contexte géopolitique international trouble et changeant, et avec des conditions budgétaires et économiques contraignantes pour la France, la région Occitanie au travers de ses activités économiques, représente une source de dynamisme.

Le cycle de la mondialisation sans frein s’achève et laisse la place à une ère qui pourrait être la chance de l’Europe et de la France, où la géopolitique primerait sur l’économie de court terme, où l’État reprendrait la main sur les marchés. La souveraineté et l’impératif de la sécurité passeraient avant l’ouverture des frontières. 

Le rétablissement de la puissance du pays conditionne la crédibilité de toute initiative diplomatique et de sa place dans le monde. Le renouveau démographique, la relance de la production et de l’innovation, la réhabilitation et la modernisation de l’éducation et de la santé, les réformes de structure, l’investissement dans les infrastructures et la recherche scientifique, le désendettement de l’État et la performance des services publics, le renforcement de la sécurité intérieure et extérieure doivent constituer les priorités de la politique nationale.

La solution ne peut venir que des Français, qui doivent retrouver confiance dans notre démocratie et ses corps constitués, dans nos institutions, dans les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité, dans la place de la France en Europe et dans l’Union européenne ; retrouver confiance en nous-mêmes, dans nos atouts économiques et sociaux, en portant nos valeurs universalistes pour reprendre notre place dans le concert des nations.

3.1. La démocratie menacée

Bien que certains pays européens voient déjà leur système politique transformé, l’élection de Donald Trump aux États-Unis renforce l’idée qu’une autre façon de vivre, hors des règles démocratiques, est possible pour certains.

Rappelons que l’article premier de la Constitution précise que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. » Elle doit en premier lieu protéger la population de toute forme de dictature. La démocratie, qu’elle soit directe ou indirecte est un système politique qui ne conçoit pas l’arbitraire ou l’abus de pouvoir. Elle garantit la souveraineté des citoyens. Son principe de base impose la séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires, ainsi que l’État de droit. Le processus de démocratie est intrinsèquement lié au processus de laïcité, ainsi, les droits fondamentaux de chaque personne et le plein exercice de la souveraineté du peuple ont la même importance dans une démocratie libérale.

La campagne électorale qui a conduit Donald Trump à la présidence des États-Unis, avec l’aide de réseaux sociaux maîtres dans la désinformation, conduit à une acceptation de l’illibéralisme que le politologue Matthijs Bogaards définit comme étant une société dans laquelle l’indépendance de la justice est malmenée et les citoyens ne bénéficient pas d’un traitement égalitaire face à la loi.

En juillet 2018, Victor Orban (devenu relais de Donald Trump et de Vladimir Poutine en Europe) promouvait déjà la fin du concept de démocratie chrétienne et de l’ère de la démocratie libérale. Selon l’universitaire Didier Mineur, ce discours constitue l’exposé doctrinal le plus complet de sa conception de la démocratie illibérale.

La victoire des républicains aux États-Unis confirme que nous entrons dans l’ère du national populisme qui prospère sur l’exaspération des laissés pour compte de la mondialisation, lesquels constituent ainsi une base primordiale pour la montée des extrémismes.

Pierre Rosanvallon définit l’illibéralisme comme « une culture politique qui disqualifie en son principe la vision libérale ». Cette nouvelle culture sociétale se construit dans le monde selon laquelle la loi dictée par les puissants constituerait un rempart, y compris pour protéger les classes populaires !

3.2. Évolutions culturelles, sociales et sociologiques

Le populisme triomphe électoralement aux États-Unis ; il gagne du terrain en Europe.  Comment résister à l’avalanche de fake news, aux catastrophistes, aux extrémismes, aux intégristes de tout poil, qui remettent en cause à l’aune de leur seule irrationalité notre patrimoine historique, culturel, civilisationnel ? L’environnement culturel, au sens large du terme, celui de notre cadre de vie, de nos modes de vie, se modifie en profondeur, désorientant une bonne partie de la population. L’OMS identifie de nombreux paramètres qui touchent à la qualité de la vie. Parmi eux, le logement, collectif ou pas, en zone rurale ou urbaine. Le type d’emploi et le revenu qu’il génère, est aussi à prendre en compte. L’école bien sûr pour les chances de réussite qu’elle offre. Sans oublier la vie sociale et l’engagement civique.

En schématisant, « c’était mieux avant », l’avenir fait peur. Le passé tend à être idéalisé, le futur suscite inquiétude et angoisse, sentiments négatifs sur lesquels prospèrent les marchands de fantasmes, de fin du monde, qui se sont professionnalisés sous forme de vendeurs de fake news comme on dit aujourd’hui.

Les influences culturelles produites depuis plusieurs décennies sur nos sociétés ont été synthétisées récemment dans une étude produite par le géographe et politologue Jérôme Fourquet qui définit une France qu’il qualifie d’hydroponique, ce qui signifie qui pousse dans l’eau et par extension sans terre, donc sans socle, en ayant perdu ses racines.

On parle aujourd’hui d’inclusion et non plus d’intégration et encore moins d’assimilation. Ce dernier terme est quasiment devenu un gros mot. Le doute ne peut exister à ce sujet, lorsque l’on observe qu’il est peu aisé de faire prendre forme à une véritable mixité sociale et que l’on voit la montée des communautarismes, source de difficultés d’adhésion aux valeurs de la République, en premier lieu à la notion de laïcité. 

Les principaux facteurs d’intégration ont disparu, au premier rang desquels l’emploi à la suite d’une désindustrialisation choisie et assumée par nos gouvernements successifs depuis plus de trente ans. À cela s’ajoute aussi, par exemple, la suppression du service militaire, de la conscription. 

Et puis il y a l’école où l’autorité des maîtres est de plus en plus malmenée, physiquement comme au niveau de l’enseignement et de son contenu. Aux institutions fragilisées s’ajoute le mépris de trop de gouvernants et d’une part de la technostructure à l’égard des corps intermédiaires. L’école ne parvient pas à répondre aux besoins. L’environnement familial est fragilisé, les nouvelles influences culturelles occupent à pleine vitesse les espaces laissés libres.

Le lien social et culturel se dilue d’autant plus que grandissent l’individualisme et l’éloignement physique provoqués par la croissance des services et commerces par internet, phénomène accentué par le télétravail. Internet, peur et repli forment un triptyque aux incidences dommageables. En témoignent, par exemple, la baisse du taux de natalité qui se renforce eu égard au comportement social et amoureux des plus jeunes générations.

À rebours du communautarisme, la mondialisation a proposé à la société occidentale une américanisation : uniformisation des modes de vie, des pratiques sociales et de langage, paysages urbains dont la différence et l’identité se réduisent à vue d’œil, sans oublier la judiciarisation.

3.3 La fuite des cerveaux dans le contexte international : un défi pour l’Occitanie

La fuite des cerveaux, ou départ des talents qualifiés vers d’autres régions ou pays, constitue une problématique majeure dans le contexte actuel de la mondialisation des compétences. Elle est particulièrement amplifiée par les inégalités économiques, les crises géopolitiques et l’attractivité croissante des grandes puissances économiques telles que les États-Unis, le Canada, ou encore certains pays européens. Ce phénomène, bien qu’international, a des répercussions directes sur des territoires comme l’Occitanie, qui, malgré ses pôles d’excellence, peine à retenir ses talents face à une concurrence mondiale accrue.

Tout d’abord, il est essentiel de souligner que la globalisation des compétences a transformé les économies avancées en véritables pôles d’attraction pour les talents. Ces pays mettent en œuvre des politiques d’immigration ciblées, assorties d’avantages économiques et professionnels significatifs, pour attirer les profils les plus qualifiés. Les secteurs technologiques, scientifiques, et de la recherche sont particulièrement concernés, bénéficiant d’une mobilisation sans précédent de ressources publiques et privées. Dans ce contexte, les régions comme l’Occitanie, bien que dotées d’un savoir-faire reconnu dans certains domaines (aéronautique, intelligence artificielle, cybersécurité), se trouvent souvent en position de faiblesse lorsqu’il s’agit de concurrencer ces offres.

Le phénomène de fuite des cerveaux n’est pas sans conséquence pour l’Occitanie. À court terme, il contribue à une pénurie de compétences dans des secteurs stratégiques, ce qui freine l’innovation et la compétitivité des entreprises locales. Par exemple, les secteurs de l’aéronautique et de la cybersécurité, pourtant moteurs économiques de la région, pourraient voir leur dynamisme affecté par ce déficit de main-d’œuvre hautement qualifiée.

À long terme, la fuite des cerveaux menace également de provoquer une érosion du tissu social et une perte de prestige pour les institutions régionales. Les universités et centres de recherche pourraient souffrir d’un déséquilibre entre formation et valorisation, conduisant à une baisse de leur attractivité et à une dépendance accrue vis-à-vis des financements publics.

Malgré ses atouts évidents, la région Occitanie rencontre plusieurs faiblesses structurelles qui freinent sa capacité à retenir les talents qualifiés. Ces obstacles, bien qu’identifiés depuis plusieurs années, persistent et nécessitent des réponses concrètes pour inverser la tendance de la fuite des cerveaux.

Pour répondre efficacement au défi de la fuite des cerveaux, la région Occitanie doit adopter des solutions innovantes et audacieuses, en s’appuyant sur des approches qui dépassent les cadres traditionnels. Ces propositions visent à réinventer l’attractivité régionale, en plaçant les talents au cœur d’un écosystème inspirant, connecté et résolument tourné vers l’avenir.

3.4. Les atouts de la région Occitanie

L’Occitanie a d’énormes avantages, au premier rang desquels son espace, son patrimoine, sa culture, son dynamisme démographique enrichi par de forts apports migratoires. La diversité de l’Occitanie se décline cependant en termes de contrastes et d’inégalités.

Entre des métropoles où les quartiers riches jouxtent les cités (ex-grands ensembles) appauvries et communautarisées. Entre des zones urbaines bien pourvues en services et des secteurs ruraux délaissés. Entre un littoral attractif et équipé et des arrière-pays appauvris ; des bassins industriels régénérés et des anciens pays miniers et/ou industriels qui peinent à redémarrer.

Il est possible que l’Occitanie, du fait de sa dynamique démographique et économique enclenchée depuis plusieurs décennies, soit un cas exemplaire en matière d’évolution culturelle et sociologique. Il est encore difficile de fournir une réponse à ce propos. Mais il est patent qu’elle n’a pas échappé à un certain nombre d’influences extérieures. Son potentiel de matière grise, ses industries de pointe et ses productions labellisées, sans oublier sa qualité de vie, portent la région vers le haut, la croissance démographique en témoigne.

Cela laisse supposer que la mondialisation, ainsi que la place que la région occupe en Europe lui a plutôt réussi, mais qu’elle doit continuer à affronter la question du multiculturalisme et s’apprêter à vivre dans monde qui s’éloigne du multilatéralisme, en agissant pour que l’Europe en soit l’une des composantes fortes. 

Du fait de son positionnement géostratégique, des forts mouvements migratoires qui touchent la région et de son dynamisme démographique, l’Occitanie est un territoire sensible aux événements extérieurs, en particulier en provenance du monde méditerranéen et du Proche-Orient. Elle est concernée par la question de l’islamisme qui peut y trouver un terreau favorable, notamment dans les milieux les plus défavorisés. 

Le travail prospectif que nous avons à privilégier doit s’ancrer prioritairement sur le développement de technologies de rupture et investir massivement sur l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte de classement mondial et de compétition territoriale :

  • L’Occitanie dispose de tous les atouts et il est important d’observer les répercussions de ces évolutions à l’horizon 2050, notamment son fort engagement en matière d’enseignement supérieur, d’innovation avec deux pôles majeurs d’excellence, de rang mondial, à Montpellier et à Toulouse, dans des secteurs stratégiques comme l’aéronautique, la santé, les carburants de synthèse, l’IA, l’agroécologie et la cybersécurité.
  • Il est aussi question de prise de conscience de l’environnement dans lequel notre société évolue, des changements de visions, de mutations des cultures des jeunes. Autant de phénomènes qui peuvent influer sur les générations d’étudiants et de chercheurs, leurs perspectives personnelles et professionnelles, mais aussi agir sur les cadres de recherche, d’enseignement, sur l’attractivité de l’éducation, sur la formation, la valeur « travail », et des systèmes éducatif et sociétal portant avec vigueur une écologie inclusive. 

CONCLUSION

Nous référant à l’événement majeur de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en novembre dernier et parvenus au terme de la revue de nos choix sélectifs des principaux faits saillants à visée prospective qui en découlent, il est légitime de se demander si nous ne vivrions pas un « capitalisme de la finitude »[66] ?

Un président des États-Unis qui déclare ses intentions de contrôler, voire d’absorber, des territoires appartenant à ses alliés (Canada, Groenland, Panama, Mexique, etc.), des patrons de très grandes entreprises qui refusent les règles démocratiques imposées à leur fonctionnement, des dirigeants et penseurs qui revendiquent ouvertement l’affrontement comme mode de fonctionnement. Cette évolution économique se caractérise par la privatisation et la militarisation des mers et des espaces, un commerce à forte tendance monopolistique et rentier exercé au sein d’empires territoriaux, ainsi que par l’appropriation des espaces cybernétiques par de gigantesques compagnies privées où un capitalisme oligarchique s’épanouit.

L’utopie libérale d’une croissance globale et continue des richesses est désormais derrière nous, sans que le capitalisme disparaisse pour autant. Alors que pour l’essentiel, il s’est construit sur l’idée d’une croissance infinie et d’un dépassement constant des limites, le monde est intrinsèquement fini. Cette contradiction fondamentale de la logique d’un capitalisme qui suppose une expansion et une accumulation sans limite interroge brutalement la réalité concrète de nos ressources naturelles, de nos capacités environnementales et de nos conditions de vie qui sont elles-mêmes limitées… Le capitalisme moderne a exploité l’idée d’un progrès infini pour justifier une croissance économique continue, alors que notre planète et nos sociétés possèdent des frontières concrètes. Notre système actuel ne peut donc être durable sur le long terme, puisqu’il ignore les limites économiques, écologiques et sociales inhérentes à notre réalité. Reconnaître cette « finitude » nous impose, particulièrement au plan européen, de repenser en profondeur les modes de production et de consommation, de revoir la notion de progrès et d’évaluer des alternatives capables de fonctionner dans le cadre des limites économiques, sociales, environnementales que nous avons précédemment approchées.

Cette prise de conscience progressive est une invitation à comprendre et à intégrer les limites du monde dans notre manière de concevoir l’économie et le progrès et de tenir compte de l’épuisement des ressources et des contraintes planétaires aux dimensions internationales, nationales et régionales[67]. Elle exige une réflexion critique sur l’idée que la croissance infinie serait possible et sur la viabilité à long terme d’un système qui ne prendrait pas en compte l’épuisement des ressources et les contraintes.

Une lecture historique nous conforte dans cette orientation et nous amène à observer une première phase (XVIème au XVIIIème siècles) d’accumulation primitive et d’expansion coloniale, d’exploration, de conquête et d’exploitation de territoires lointains qui fournissaient des ressources et des marchés nouveaux. Une seconde phase (XIXème au XXèmesiècles) d’industrialisation et de croissance illimitée avec les révolutions industrielles dont le modèle économique s’est fondé sur l’exploitation massive des ressources naturelles, d’un prolétariat naissant et sur une croissance rapide de la production. Cette seconde période a vu se développer la croyance en une croissance continue, appuyée par des avancées technologiques et scientifiques qui, à court terme, semblaient pouvoir repousser les limites naturelles. Pourtant, paradoxalement, cette logique de croissance infinie reposait sur une utilisation intensive de ressources finies. La troisième phase (début XXIème siècle), dans la foulée de la crise financière mondiale de 2008, se caractérise par une prise de conscience progressive, que la croissance économique illimitée engendre des crises environnementales, sociales et économiques majeures, nous contraignant à repenser nos modes de production et de consommation pour intégrer les contraintes écologiques. Cette période met un frein au libre-échange, modifie les mouvements de délocalisation et les flux maritimes de moins en moins sûrs. L’expansion fulgurante des réseaux virtuels signe la fin d’une mondialisation harmonieuse pour afficher un monde menaçant, autant que menacé, à la fois par la limitation des richesses et les tentations manifestes d’accaparement des ressources et de domination par les trois plus grandes puissances mondiales avides de reconstituer leurs empires. 

D’où l’urgence pour l’Union européenne, dans cette atmosphère de guerre commerciale des États-Unis avec le reste du monde et d’incertitude géopolitique, de garantir sa sécurité, face aux menaces expansionnistes, prioritairement de la Russie et compenser un possible désengagement américain par une défense indépendante de tout parapluie extérieur. L’Ukraine a prouvé que la guerre conventionnelle en Europe n’est pas un risque du passé. Une défense forte et unie capable d’assurer la paix et la souveraineté du continent est nécessaire. Déjà, l’Allemagne donne le tempo à ses voisins en prenant, en moins de deux mois après les élections fédérales, un accord gouvernemental entre ses trois principales forces politiques pour promouvoir une réforme constitutionnelle rompant avec son dogme de rigueur budgétaire afin de financer un plan de réarmement de 1 500 milliards d’euros sur dix ans.

Nous entrons dans un monde où si nous voulons être libres, il faut être respectés, si nous voulons être respectés, il faut être forts. Autant de défis à relever par chacun des partenaires concernés…

Les écoles de management agitent souvent ce mantra : « faire d’une contrainte, une opportunité » ! Les crises, a fortioriles conflits armés, l’histoire de l’humanité en témoigne trop souvent hélas, permettent d’enjamber les contraintes, de penser possible ce qui ne l’était pas l’instant d’avant. À cet égard, la promesse tant de fois reportée d’une Union européenne puissance souveraine, d’une France aux avant-postes et d’une région Occitanie partie intégrante de cette nouvelle Frontière, pourrait, si l’on en croit les dernières initiatives diplomatiques, prendre corps. La page de la mondialisation heureuse semble en effet tournée. La Chine, que le capitalisme occidental avait un peu imprudemment assignée à la fonction d’usine du monde, est sortie de ses ateliers, a investi les labos et s’affirme aujourd’hui comme une puissance industrielle et technologique et commerciale, capable de damer le pion aux États-Unis. Donald Trump et son administration se préparent à cet affrontement. L’Union européenne leur pèse. Ils la lâchent, elle qui croyait pouvoir dormir du sommeil du juste à l’abri du parapluie américain. Voilà donc l’UE face à son destin : promouvoir ses valeurs démocratiques et de solidarités, son engagement pour la transition écologique, la garantie des accords internationaux et se doter des moyens de sa défense, de sa souveraineté technologique, industrielle et sanitaire, ou périr !

Notre région, dont l’agriculture, mais aussi le tourisme, sont mis à rude épreuve par le dérèglement climatique, ne peut ignorer les opportunités que lui offre la nouvelle distribution des cartes au sein du commerce mondial.  Les États-Unis qui ont décidé de se claquemurer derrière des barrières douanières, ne sont pas le seul marché possible pour nos produits industriels, ou agricoles. L’Amérique du sud, le Canada, le Maghreb, le golfe Arabique ont des besoins croissants auxquels l’Occitanie peut pour partie répondre. Mais avec ses 440 millions de consommateurs, le marché intérieur européen constitue un débouché appréciable que nos acteurs économiques occitans se doivent d’explorer plus en profondeur. Notre agriculture, engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique, le maintien de la biodiversité et des productions de qualité, est plus que jamais la garante de notre souveraineté alimentaire.

Nos universités, nos centres de recherche, dans les sciences dures comme dans les sciences humaines, peuvent, alors que l’administration de Donald Trump licencie à tour de bras dans ses élites intellectuelles, offrir des havres salutaires à ces chercheurs victimes d’un nouveau maccarthysme, mariage d’un obscurantisme religieux et des délires libertariens. L’Occitanie qui dispose d’importantes capacités d’accueil, de nombreuses plateformes de recherche, et d’une communauté scientifique aux compétences étendues, peut prétendre, pour peu qu’elle s’en donne les moyens au statut de nouvelle Californie et espérer pouvoir rattraper ainsi son retard dans les nouvelles technologies notamment. 

Philippe DOMY

Anne SOUETRE

Gérard VALLES


[1] https://www.ceser-occitanie.fr/travaux/

[2] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/09/23/quatre-questions-pour-cerner-les-debats-autour-du-terme-woke_6095681_4355770.html

[3] https://www.coe.int/fr/web/gender-matters/intersectionality-and-multiple-discrimination

[4] https://geopolitique.eu/articles/la-competence-americaine-fondee-sur-le-dollar-%E2%80%AF-realite-juridique-ou-construction-politique/

[5] https://www.vie-publique.fr/catalogue/281343-les-gafam-une-histoire-americaine

[6] https://start.lesechos.fr/innovations-startups/tech-futur/qui-sont-les-batx-ces-nouveaux-gafa-asiatiques-1178106

[7] Climate Change 2023, Synthesis Report, Intergovernmental Panel on Climate Change (GIEC), 2023

[8] https://www.un.org/fr/about-us/un-charter#:~:text=La%20Charte%20a%20%C3%A9t%C3%A9%20sign%C3%A9e,partie%20int%C3%A9grante%20de%20la%20Charte

[9] https://unfccc.int/fr/news/cop-29-la-conference-des-nations-unies-sur-le-climat-convient-de-tripler-le-financement-aux-pays-en

[10] https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/marches-du-carbone-seqe-ue

[11] https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

[12] https://edition-2020.lelementarium.fr/focus/matieres-plastiques/

[13] https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/quest-ce-quune-energie-fossile

[14] https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/reserves-de-petrole-dans-le-monde

[15] https://www.connaissancedesenergies.org/la-situation-energetique-de-lafrique-en-infographies-241104

[16] https://www.vie-publique.fr/en-bref/295751-biodiversite-ouverture-de-la-cop16-le-21-octobre-2024-cali

[17] https://openknowledge.fao.org/server/api/core/bitstreams/299b72d6-b608-4a58-9d34-83709e1937a5/content

[18] https://www.vie-publique.fr/en-bref/287607-cop15-biodiversite-proteger-30-de-la-planete-dici-2030

[19] https://www.ecologie.gouv.fr/rendez-vous/cop16-biodiversite#:~:text=Le%2029%20octobre%202024%2C%20huit,la%20pr%C3%A9servation%20de%20la%20nature

[20] https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/biodiversite-un-fonds-sur-le-partage-des-benefices-lies-aux-ressources-genetiques-cree-a-la-cop16-2129326

[21] https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/11/01/la-cop17-sur-la-biodiversite-en-2026-aura-lieu-en-armenie-elue-face-a-son-ennemie-l-azerbaidjan_6369826_3244.html

[22] https://www.unfpa.org/fr/data/world-population-dashboard

[23] https://legrandcontinent.eu/fr/2024/09/19/la-chine-est-elle-bloquee-10-points-et-18-graphiques-sur-la-politique-economique-de-xi-jinping-apres-le-troisieme-plenum/

[24] https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/chine/

[25] https://www.connaissancedesenergies.org/afp/climat-la-chine-manque-un-objectif-majeur-en-2024-250228

[26] https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/bric

[27] https://legrandcontinent.eu/fr/2025/01/02/les-brics-se-dotent-de-9-nouveaux-etats-partenaires-le-groupe-represente-desormais-51-de-la-population-et-40-du-pib-mondial/

[28] https://www.irs.gov/inflation-reduction-act-of-2022

[29] https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/routes-de-la-soie

[30] https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/2024/6/pdf/240617-def-exp-2024-fr.pdf

[31] https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/csdp-missions-operations/

[32] Les dépenses de défense des administrations publiques en Europe poursuivent leur hausse en 2022Observatoire Économique de la Défense, octobre 2024

[33] La Méditerranée occidentale entre ruptures et continuitésFondation méditerranéenne d’études stratégiques, 29 avril 2024

[34] Coopérations européennes et internationales, site de la région Occitanie

[35] Bilan de mandature 2018-2023, CESER Occitanie Pyrénées-Méditerranée

[36] Agroalimentaire, industrie, numérique, climat, l’Occitanie vigilante face à la nouvelle présidence américainedélibération n°AP/2025-02/04, assemblée plénière du Conseil régional d’Occitanie, 13 février 2024

[37] Ce qu’a fait Donald Trump en cinquante jours au pouvoir aux Etats-Unis, Le Monde, 13 mars 2025

[38] Le marché unique de l’UE : avantages, faits et chiffres, Conseil de l’Union européenne

[39] Augmentation des droits de douane : « Donald Trump cherche à fragmenter l’Union européenne », Public Sénat, 13 mars 2025

[40] Contre-mesures de l’UE relatives aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, communiqué de presse de la Commission européenne, 12 mars 2025

[41] La Chine annonce ses représailles face aux Etats-Unis tout en espérant un « deal », Le Monde, 4 février 2025

[42] L’expulsion massive des immigrés clandestins nuirait gravement à l’économie américaine, Courrier International, traduction d’un article de The Economist, 20 janvier 2025

[43] Loi 115-97, Congrès américain, 22 décembre 2017

[44] Perspectives de l’économie mondiale, rapport du Fonds Monétaire International, mise à jour de janvier 2025

[45] Les Brics+ et l’anti-impérialisme de marché, Le Monde Diplomatique, octobre 2024

[46] Comment Trump veut remplacer les tonnes d’or par des bitcoins : comprendre le projet de crypto réserve fédérale stratégique, Le Grand Continent, 20 décembre 2024

[47] Qui finance l’Organisation mondiale de la santé ?, Euronews, 5 février 2025

[48] « Pourquoi la hausse des taux d’intérêt à long terme de la zone euro ? », Le Cercle des économistes, 26 mars 2025

[49] Retombées de la politique monétaire de la Fed sur celle de la BCE : le rôle des « nouvelles » sur l’inflation, billet de blog de la Banque de France, 4 février 2025

[50] Croissance économique comparée entre l’UE et les États-Unis : que disent les chiffres ?, Vie Publique (site de la Direction de l’information légale et administrative), 15 mai 2024

[51]https://www.lepoint.fr/debats/inflation-reduction-act-comment-l-europe-peut-sortir-la-tete-de-l-eau-20-02-2023-2509300_2.php

[52] https://www.lepoint.fr/politique/mariya-gabriel-le-chips-act-c-est-l-excellence-a-27–11-02-2022-2464430_20.php

[53] Marché unique de l’UE, faits et chiffres, Conseil de l’Union européenne, mise à jour le 5 février 2025

[54] Euro-indicateurs, Eurostat, 18 mars 2025

[55] Euro-indicateurs, Eurostat, 4 mars 2025

[56] Euro-indicateurs, Eurostat, 19 mars 2025

[57] Les revenus et le patrimoine des ménages, comparaison internationale, Insee, 17 octobre 2024

[58] Le déficit budgétaire américain s’envole de 40 % au quatrième trimestre, Le Monde, 15 janvier 2025

[59] Euro-indicateurs, Eurostat, 22 janvier 2025

[60] The future of European competitiveness: Report by Mario Draghi, Commission européenne, 9 septembre 2024

[61] Présentation du rapport sur l’avenir de la compétitivité européenne par Mario Draghi au Parlement européen, 17 septembre 2024

[62] La Commission européenne présente sa boussole pour stimuler la compétitivité de l’Europe pendant les cinq prochaines années, Commission européenne, 30 janvier 2025

[63] https://www.lepoint.fr/editos-du-point/rendre-a-l-europe-sa-grandeur-14-01-2025-2579896_32.php

[64] https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/l-intelligence-artificielle-une-technologie-particulierement-energivore-06-07-2024-2564963_47.php

[65] Rapport Draghi

[66] Arnaud Orain, Le monde confisqué : essai sur le capitalisme de la finitude (XVIème – XXIème siècles) éd. Flammarion

[67] Les Limites à la croissance (connu sous le nom de Rapport du club de Rome, ou encore de Rapport Meadows), publié en 1972 et mis à jour en 1992, 2004 et 2012