En publiant sa nouvelle carte des régions, François Hollande veut forcer le pas. Obliger les acteurs régionaux à prendre position. Il est vrai que ce dossier lambine depuis trop longtemps. Plus de dix ans qu’il est en panne, que les rapports succèdent aux rapports et que les plus beaux esprits s’ingénient à les enterrer, au nom de l’histoire, d’une prétendue réalité. On oublie trop souvent que nos régions, telles que nous les connaissons aujourd’hui ont été créées en 1982, il y a seulement 36 ans et qu’elles sont le résultat d’un coup de crayon qui en son temps fut tout aussi arbitraire que celui de 2014.
Pourtant, puisque les choix ne sont pas définitifs, on est en droit de se poser quelques questions. Pour ce qui concerne le grand sud ouest, le mariage du Limousin et du Poitou-Charentes n’est pas dénué de fondements. Mais que vient faire dans cet attelage la région Centre, dont la capitale Orléans apparait de plus en plus en plus comme l’arrière cour de la région parisienne? Le cas des régions Midi-Pyrénénes et Languedoc Roussillon interroge lui aussi. Outre qu’il fera de Montpellier un satellite de Toulouse, cet assemblage colle mal à la réalité vécue par les populations. Si le département de l’Aude est indéniablement tourné vers la capitale occitane, les autres sont méditerranéens, appartiennent à l’arc qui va de Marseille à Perpignan, à l’exception de la Lozère qui est terre du massif central.
Du coup, on perçoit la faille du raisonnement présidentiel. Rassembler les régions, sans remettre en cause leur périmètre actuel, sans interroger leur cohérence, c’est faire le travail qu’à moitié. C’est ne ne pas oser remettre en cause la régionalisation des années Mitterrand. Certes le choix de François Hollande procède du désir d’aller vite et de ne pas ajouter des complications aux complications. Mais vu l’enjeu que cette réforme représente, il faudrait oser, oser aller plus loin, retravailler les pièces du puzzle. On ne fait pas une telle réorganisation territoriale tous les 10 du mois.
Et puis reste entière la question des départements. Pourquoi remettre à plus tard ce chantier, pourquoi ne pas l’ouvrir dans la foulée? Sauf à ne pas vouloir mécontenter davantage des élus qui s’y sont construit leur fief! Sauf à ne pas vouloir s’attaquer réellement à cet héritage de l’empire! Cette prudence, qui pourrait passer pour de la pusillanimité ne servira à rien. La grogne grognera. On l’entend déjà. Pour autant, elle ne doit pas détourner le gouvernement de son objectif : réduire le mille-feuille administratif pour plus de cohérence et d’efficacité.