La réforme régionale est la « mère des réformes ». Manuel Valls, le premier ministre l’a dit à Toulouse, en clôture des travaux de l’Association des régions de France, reprenant en cela un mot de son président, Alain Rousset, par ailleurs à la tête de la région Aquitaine.
Le premier ministre a confirmé le re-découpage à 13 régions, tout en concédant des discussions encore possibles. Le calendrier est désormais clair : présentation devant le Sénat, le 28 octobre du texte sur la réforme régionale, et vote du parlement en janvier-février.
Mais au delà du re-découpage, le premier ministre, qui a entendu les messages des élus régionaux réunis depuis deux jours au Centre des Congrès de Toulouse, a fait quelques annonces lourdes de conséquences.
Les régions disposeront de la compétence économique exclusive. C’est très important. C’est dire, comme le souhaitait fortement Alain Rousset, qu’elles seront le seul interlocuteur des entreprises et qu’elles porteront les politiques de développement. Pour leur faciliter la tâche, elles pourront disposer de ressources spécifiques, avec la mise en place d’une fiscalité économique identifiée. Par ailleurs, si l’état n’entend pas doter chaque région à l’identique, il versera une dotation globale afin que soient mises en place des politiques régionales en cohérence avec la politique nationale. En clair, l’état veut mettre de l’ordre dans ses interventions. Pour autant, les Contrats de plan ne seront pas remis en cause. ce sont quelques 12 milliards d’euros qui tomberont grâce à ce dispositif dans l’escarcelle des régions. Et pour mieux coordonner l’action des régions, mais aussi des autres collectivités territoriales avec celle de l’état, Manuel Valls propose une rencontre annuelle, en septembre. D’ores et déjà, dans le domaine de l’innovation, deux à trois expérimentations bénéficieront de l’aide de l’état qui a bien compris tout l’enjeu de la recherche et de la formation à l’échelle des territoires. La formation, l’apprentissage, deux terrains de jeu sur lesquels les régions excellent et revendiquent là aussi le droit à l’innovation. Message entendu par le premier ministre. Enfin cette autre annonce, très importante pour les régions rurales, les aides à l’agriculture qui devraient prendre effet dès janvier 2015.
Une fois éteints les feux du Congrès, certains grands élus ne cachaient pas leur satisfaction, peut-être un peu inquiets du big bang en chantier, mais séduits par les annonces de Manuel Valls. Comme Alain Rousset qui a fait valider ses propositions, comme Jean Paul Huchon aussi, le président d’Ile de France.
Moissac
Elections départementales. 22/29 mars 2015. 1
Il s’agit des anciennes élections cantonales. A Toulouse le premier ministre l’a précisé. ces élections auront lieu les 22 et 29 mars 2015, sur la base des nouveaux cantons et des nouvelles règles qui veulent que dans chaque canton il y ait un binôme, un homme et une femme, et deux suppléants. En Tarn et Garonne, les électeurs seront convoqués dans 16 cantons. Moissac forme désormais un canton unique avec les communes de Montesquieu et Lizac.
Et les ray ban aviator?
La mairie de Moissac vient d’offrir, c’est Noël avant l’heure, un véhicule 4-4 aux policiers municipaux. Avec gyrophare, sirènes et lumières clignotantes. A croire que la bonne vieille kangoo faisait trop ancien régime, antiquité démodée, pas raccord avec les feuilletons américains dont nous abreuvent les télés, pas raccord surtout avec la volonté de la droite moissagaise d’afficher sa préoccupation sécuritaire.
Un policier ça pose et ça en impose. Et question look, on ne peut faire mieux que les Etats Unis qui exportent partout leurs codes et leurs normes. Voilà donc nos policiers équipés de pieds en cap, avec radio et tout le tintouin. Manquent juste les pistolets. Il y a gros à parier que le FN qui ne rate pas une occasion de surenchérir sur la question, va derechef les réclamer.
Avec les Vigilants, ces citoyens sensés surveiller leur quartier, et dont on n’entend guère parler, avec des policiers équipés comme à Chicago, la délinquance moissagaise n’a qu’à bien se tenir. A cet égard, on sera attentif au rapport de la gendarmerie, histoire de voir si derrière l’affichage publicitaire il y a du résultat.
Point de vue : Sénatoriales, suites…
Jean-Michel Baylet est battu alors que c’était son terrain électoral de prédilection. Grâce au Conseil Général et sa capacité distributive en terme de soutien financier à certains investissements et à certains frais de fonctionnement des communes, Jean-Michel Baylet considérait qu’il bénéficiait légitimement en retour du soutien des maires aux élections sénatoriales. Si on évoque les invitations d’élus locaux au château ou dans les jardins, les possibilités d’embauche, avec les 1500 emplois au conseil général, le rôle de la Dépêche du Midi qui peut valoriser ou éreinter l’action d’un maire, tout cela permet de constituer une clientèle dont on peut penser qu’elle manifestera sa reconnaissance.
Cette fois, il n’en a rien été. Pour plusieurs raisons me semble-t-il :
– La 1ère, c’est la poussée à droite avec les municipales, la perte de certaines communes comme Moissac. Les grands électeurs ont changé mais pas au point de donner ces résultats
– La 2ème raison est incontestablement le rejet progressif du « système Baylet » : la manière autoritaire, brutale, méprisante avec les partenaires politiques, insultante avec les adversaires, le manque de respect des autres, la suffisance ont généré beaucoup de ressentiment. Par exemple chez les socialistes : au niveau national, François Hollande, le gouvernement, le PS, dans la situation difficile et tendue dans laquelle ils se trouvent, ont tout cédé à M. Baylet. Et ce, au mépris de l’avis des socialistes locaux. Mais ce n’est pas la première fois, et cette situation explique l’affaiblissement constant du PS dans ce département. Par centaines, les militants et sympathisants ont claqué la porte ou sont partis sur la pointe des pieds, n’acceptant plus cette dépendance totale à la personne de JM Baylet.
Pour les autres partenaires, dont les verts, l’ignorance à leur égard depuis des années, justifie le maintien au 2ème tour de leur candidat. Mais ce serait une erreur de résumer cette défaite seulement en terme politique, la plupart des élus locaux n’ont pas d’appartenance politique et leur choix a été déterminé par d’autres considérations. C’est bien la défaite d’un homme, d’un système, d’un comportement, plutôt qu’une défaite politique.
Le maître du département a cru qu’il pouvait indéfiniment et impunément se servir des gens, les promouvoir, les reléguer au gré de ses ambitions. Le système Baylet s’est écroulé dimanche dans une élection qu’il n’aurait normalement pas dû perdre.
C’est le crépuscule d’un système et la démocratie y gagnera sa place. Le débat n’est pas médiocre, il n’existe pas.
A près de 70 ans, M. Baylet vient de perdre toute chance de retrouver un mandat national. Le système est gravement ébranlé et annonce déjà des élections départementales plus que difficiles.
Peut-être, Jean-Michel Baylet, après avoir régné sur ce département depuis presque 40 ans, aura-t-il la sagesse de prendre une retraite méritée. Ce pourrait être l’occasion d’un renouveau dans ce département, un souffle d’air frais, avec la possibilité d’échanges, de débats, afin que les Tarn et Garonnais puissent enfin, en toute liberté et connaissance des choses, décider de leur destin.
JPN
Point de vue : Pour une nouvelle alliance
Schématiquement la situation électorale est marquée par quatre phénomènes aussi complémentaires, qu’en apparence contradictoires.
Tout d’abord, depuis plus de deux décennies, l’abstention ne cesse de croitre. Une croissance régulière, une désaffection qui illustre et participe au délitement de la démocratie.
Parallèlement, les hommes politiques font l’objet d’un rejet dominant, les »scandales »à répétition, les avantages perçus comme des privilèges, les situations acquises et reconduites jusqu’au grand âge, parfois des formes de népotisme et de favoritisme avéré, contribuent à un rejet, exprimé dans les sondages, mais aussi dans des résultats électoraux inattendus (cas de Michel Delebarre aux municipales de Dunkerque,ou de JM Baylet aux sénatoriales, même sanction).
Troisième élément, le bi-partisme a cédé la place au tri-partisme. Le corps électoral est divisé en trois tiers inégaux: le FN,la droite républicaine (UMP/UDI…) et la gauche (elle-même repartie en 4 ou 5 sous familles). Résultat: la difficulté non seulement de trouver une majorité, mais aussi la faiblesse des marges de légitimité (d’où le mal à réformer dans un sens ou un autre).
Enfin, les électeurs, qui choisissent d’exprimer leur vote, sont de plus en plus infidèles et inconstants. Les partis de gouvernement ont fait, font et feront les frais de ce mouvement pendulaire. Les uns comme les autres produisent des discours d’ espoirs à la hauteur des insatisfactions et des désillusions. La crise économique, la redistribution mondiale, le chômage en progression continue depuis 1973, et bien d’autres facteurs alimentent ce va et vient électoral, traduction politique de la crise.
Une telle situation aboutit à ronger aussi sûrement que profondément la République, et la démocratie. Le besoin de renouvellement que traduisent certains résultats électoraux à un niveau local et territorial, ralenti par des Elus adeptes du cumul des mandats et des fonctions, soutenu par des partis maitrisés et dominés par ces mêmes Elus, se confirme à chaque élection.
Nationalement, le FN a le vent avec lui. Les questions pour des républicains sociaux, pour des démocrates convaincus, pour ceux dont la vision politique est faite de consensus et de dialogue, sont aussi complexes qu’urgentes. Alliances, avec qui? Urgence des réformes institutionnelles? Programme minimum?
Les élections départementales et régionales à venir peuvent être une étape dans une recomposition des alliances à partir de territoires, et sur la base des prémices de renouvellement enregistré lors des dernières élections… Et si la refondation émanait, non plus uniquement des sièges centraux des partis, mais des aspirations exprimées dans les territoires!
D.P.